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Editions

Amitiés Spirituelles

Essai sur le cantique des cantiques

 

Extrait

Toutes les créatures, tous les phénomènes, toutes les constructions de notre industrie, tous les théorèmes de la science, toutes les abstractions de la pensée, toutes les formes de l'art, et enfin tous les mouvements intérieurs dont se tisse notre vie sensorielle, affective et mentale sont, outre leur figure apparente devant la conscience de l'observateur, des symboles si on leur impose les gymnastiques de l'analogie, des individus réels et permanents si on les regarde du réduit central de la pauvreté spirituelle.

Les Livres sacrés, issus de la conjugaison du Verbe surhumain avec un esprit humain, n'échappent pas à cette triplicité d'aspect. Qu'on les étudie avec l'intelligence scientifique, ils deviennent des histoires ou des légendes, des morales ou des philosophies. Qu'on les éclaire en promenant la torche de l'analogie sur eux-mêmes, sur différents points de leur structure littérale et littéraire, ou en amenant du monde extérieur des objets étrangers qui serviront de réactifs, ces Livres dévoileront toutes sortes de lueurs, jusqu'alors mystérieuses, et qu'on rassemble sous le nom général d'ésotérisme. Mais, si l'observateur — l'étudiant — dépasse les quêtes de sa pensée, dépasse les attitudes mêmes de cette pensée, plus loin encore, le centre même du moi conscient autour duquel gravitent, comme des planètes brillantes autour d'un soleil invisible, tous les organes de sa personnalité, il atteint une région supra-intellectuelle, où la connaissance devient directe, immédiate, complète pour chaque objet qu'elle envisage; la qualifier d'intuitive n'est pas suffisant, elle est vivante et réelle. La connaissance intellectuelle ressemble à des reflets dans un miroir, et toute la maîtrise des penseurs consiste à nettoyer ce miroir, à le faire à volonté plan, concave ou convexe, afin d'amener à l'intelligence des images successivement sous tous les angles et de toutes les distances. La connaissance supra-intellectuelle que les mystiques disent obtenir dans l'extase, quoiqu'il y ait d'autres moyens d'y parvenir, est indépendante du temps, de l'espace et des conditions. J'en mentionne simplement l'existence; et je marque, à ce propos, qu'elle est de deux sortes : vraie ou fausse, de Lumière ou de Ténèbres, christique enfin ou luciférienne. Beaucoup d'hommes forts, qui ont cru la posséder, n'ont eu que la seconde, très proche de l'ignorance essentielle, et se sont crus au sommet alors qu'ils étaient au fond.

Car, lorsque l'homme dépasse sa personnalité, lorsqu'il prend conscience de son moi, il sort du Relatif; or le Relatif, le Créé flotte entre l'abîme du Néant et l'abîme de l'Etre. Si l'homme continue de s'appuyer sur soi-même, il est happé par le puits des Vérités d'En-Bas. Pour qu'il s'envole vers les cieux de l'Etre, il faut que l'Etre l'emporte; l'Etre, c'est-à-dire l'Esprit, c'est-à-dire le Christ; le Christ, c'est-à-dire le Père.

Ceci dit pour renseigner le lecteur sur la direction générale de cet essai, j'en viens à mon sujet.

Parmi les interprétations multiples de l'Ancien Testament, il en est une qui s'applique à l'étude de l'homme. Sous cet aspect, Abraham représente la période purement minérale de notre vie; Isaac (le rire), celle où notre organisme s'épanouit en joie et en beauté comme un végétal; Jacob (le supplanteur), la formation du moi animal et instinctif, sa lutte contre le spirituel; Moise (le sauvé), l'action de la grâce divine; David (le bien-aimé), la pénitence, les rechutes, le repentir; Salomon (le pacifique), la victoire de l'harmonie; et le Messie, l'unification future du salut éternel. Parmi les livres de Salomon, les Proverbes indiquent les travaux de la purification morale; l'Ecclésiaste enseigne ceux de la purification spirituelle; ensuite vient la récolte joyeuse extérieure de ce qui a été semé dans la sueur et dans les larmes.

Le Cantique des Cantiques expose donc les mystères de l'union de deux pôles complémentaires sur tous les plans. Je le répète, le nombre d'interprétations dont il est susceptible est indéfini; mais, pour fixer les idées, j'en nommerai sept principales.

Cet essai bref, mais profondément mystique, mérite d’être placé à côté des pages de Ruysbroeck ou de Thérèse d’Avila consacrées aux « noces spirituelles ».