les amitiés spirituelles

Appel pour la France par Sédir

 La situation de notre Patrie inquiète un grand nombre de Français. De toutes parts des groupements se constituent, qui cherchent à organiser dans les divers domaines de la vie sociale, les réformes que leur suggèrent des spécialistes. Nos amis ne doivent pas se désintéresser de ces efforts.


Certes, c’est le Christ que nous servons en premier. Mais il se trouve que la France est le pays du Christ ; or, tous nos membres sont ou des Français ou des amis de la France. De même que soulager n’importe quelle douleur de n’importe quel malheureux constitue pour nous le meilleur moyen de servir notre Seigneur le Christ, de même nous dévouer à l’amélioration de la vie nationale sera aussi le service du Christ.


Nos expériences civiques nous ont appris combien il est difficile de choisir le système le meilleur pour organiser les diverses branches de la vie du pays : culture, industrie, commerce, finances, armée, administration. Nous savons aussi combien, hélas ! la politique corrompt et déforme tout. Or, nous ne voyons pas qu’aucun des groupements précités ait songé à compléter son action extérieure par un recours à ce trésor de forces si souvent miraculeuses où s’élaborent l’âme d’une nation, son esprit, son génie et que sollicitent son ange de Lumière et son ange de Ténèbres. Puisque tout phénomène matériel n’est que le prolongement d’une cause spirituelle, si on améliore celle-ci, on améliore celui-là. Ce précepte évangélique, que nous appliquons à notre développement personnel, appliquons-le à aider notre Patrie.


Nous demanderons donc à Celui qui, par-delà l’âme de la France et plus haut que ses anges, en dirige les destinées, à notre Maître le Christ, de vouloir bien émouvoir la miséricorde du Père. Nous ne Le prierons pas de faire triompher telle doctrine, tel système ou telle association, mais seulement qu’Il fasse descendre sur notre Patrie tout ce dont elle a besoin pour l’accomplissement de sa mission providentielle. Nous Lui demanderons la fertilité pour son sol, les matières premières pour ses usines, les découvertes utiles pour ses savants, les nobles pensées pour ses philosophes, les beaux enthousiasmes pour ses artistes, l’énergie, l’intégrité, le sens pratique pour ses dirigeants, une conscience scrupuleuse pour tous les citoyens et la paix entre eux tous ; enfin, au-dehors, la préservation des pièges tendus par les ambitions étrangères.


J’invite nos Amis à répandre cet appel autour d’eux, à la communiquer à toute personne qui leur semblera capable d’en comprendre l’esprit. Quiconque croit en un Dieu doit L’implorer pour sa Patrie. Que le catholique s’adresse à la Vierge ou le protestant au seul Christ, que le spiritualiste invoque celle des formes de l’Esprit qu’il conçoit le mieux, il n’importe. Tout ce que je demande à ceux qui entendront mon appel, c’est de ne pas s’adresser à des puissances intermédiaires, si pures soient-elles ; qu’ils se tournent vers le Dieu suprême, quel que soit le nom qu’il Lui donnent. Au surplus, le disciple du Christ sait que, lorsque son Maître ne l’exauce pas immédiatement, la Vierge Marie possède sur son Fils un pouvoir presque total.


Redites chaque soir votre demande, autant que possible entre dix et onze heures. Préparez-là pendant la journée au moyen de quelques jeûne spirituel ; privation d’une commodité, suppression d’un désir quelconque, refus d’un égoïsme, indulgence et pardon pratiqués sur-le-champ, contrainte sur nos paresses, nos pusillanimités et nos indifférences. Tout ce qui diminue le moi, tout ce qui aide les autres, qui les rend plus heureux, qui, au détriment de nos aises, les encourage à vivre, tout cela, ce sont des jeûnes spirituels. En les multipliant tout le long du jour, dans un but précis, on tonifie notre volonté, on sort de notre petit horizon, on unifie nos éparpillements, on nourrit notre idéal, on donne des ailes à nos prières, enfin notre esprit s’allège et monte vers l’Esprit.


Ceux d’entre vous à qui ma proposition agrée peuvent commencer tout de suite. Ce n’est pas à moi de les remercier. La récompense de leurs peines sera Celui qui leur donne d’abord le désir de L’implorer sans cesse et à qui vont leurs fatigues et leurs prières.


25 janvier 1926