les amitiés spirituelles

Prologue de l’Evangile de Jean par Sédir

L'ÉVANGILE de Jean diffère des trois autres en ce que le récit historique y est très bref. La légende s'en est cependant emparée ainsi que de son auteur, proba­blement parce que le mystère de la double nature de Jésus s'y trouve expliqué dans ses effets plus que dans les autres textes.


Dans les campagnes, c'est le premier chapitre de cet Evangile auquel on attribue une propriété bénéfi­que. La vérité, c'est que, comme il trace le tableau le plus exact des rapports de la Divinité avec Son œuvre, l'intuition populaire suppose que ces versets sont satu­rés de la force vitale universelle, de la Loi, et que, par là, les invisibles qui les entendent prononcer s'inclinent au rappel de ces mystères primordiaux.


D'autre part, les métaphysiciens ont bâti sur les énoncés de Jean beaucoup de systèmes, dont quelques-uns ont acquis à leurs auteurs une gloire incontestable. Cette doctrine trouve ses préfigurations dans les Kings, dans les Védas, dans les triades druidiques, dans les hié­roglyphes les plus anciens de l'Egypte, de l'Amérique et de l'Assyrie. Je dis : ses préfigurations, car les monu­ments sacrés de l'ancien temps sont susceptibles de rece­voir, selon le point de vue du lecteur, les gloses les plus diverses. Vous retrouverez enfin dans les travaux des orientalistes, en relisant Platon, Philon, les Pères de l'Eglise, les déformations plus ou moins patentes de la doctrine évangélique.


Si je me permets de rabaisser ainsi les spéculations sublimes de l'esprit philosophique, ce n'est pas que je prétende vous donner le sens exact du texte que nous allons étudier. C'est pour bien faire saisir l'immense éloignement où est l'homme de la Vérité ; pour rendre plus sensible notre faiblesse intellectuelle ; pour expli­quer que, s'il est convenable de rendre aux maîtres humains toute l'estime qui leur est due, il ne faut pas oublier non plus qu'ils ne furent que des hommes, capa­bles d'errer ; que leurs plus beaux travaux ne sont que des syncrèses provisoires, que, si nous voulons vraiment avancer, notre intelligence ne doit se laisser fasciner par rien ; car, si haute une conception soit-elle, nous pou­vons être certains qu'elle n'est que l'ombre indécise d'une idée encore plus magnifique. Apprendre les leçons du passé, mais les utiliser pour éclairer l'avenir ; savoir que tout est en évolution, même le monde de l'idée pure ; comprendre que nous sommes encore dans l'enfance ; que nous différons les uns des autres ; que toute opinion, toute manière de sentir et d'agir con­tient du vrai ; ainsi notre sphère intellectuelle s'agran­dira et nous nous mettrons à même de ne perdre que le moins possible des enseignements que la Nature nous prodigue sans cesse (Enfance 175).


JEA 1 : 1 Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

JEA 1 : 2   Elle était au commencement avec Dieu.


Le Verbe n'est pas une abstraction ni un océan fluidique, c'est un être ; c'est l'Etre. Il constitue, avec les deux autres personnes de la Trinité chrétienne, un tout indivisible et homogène, dont les ternaires des autres théogonies sont des points de vue spéciaux. De cette Trinité II est le terme le plus proche de notre intel­ligence, parce que celle-ci fonctionne dans les cadres du relatif, sur les données de la matière et que Lui-même, II est le vivificateur de cette matière. Ce que nous concevons de l'Absolu, ce sont surtout les attributs du Verbe, et ce que nous concevons du Verbe, c'est Son image réfractée dans des couches plus ou moins den­ses de la substance cosmique. Il faut savoir l'avouer, l'Absolu nous est inaccessible ; Ses trois modes égale­ment ; bien plus, le principe de notre individualité est tellement loin de Lui que seuls, nous ne pourrions jamais L'approcher, et que, même avec Son aide, il nous faut un temps énorme pour devenir capables de regarder Sa face. Aussi la connaissance ou plutôt la conscience de l'Absolu, la communication avec Lui ne sont-ils pas notre travail, mais le but ou la récompense de notre travail. Tout ce que le plus beau génie peut en dire est un bruit de paroles vaines ; car le Verbe seul sait ce qu'il est.


Le Verbe est l'Etre, et l'attribut de l'Etre, c'est la vie. Ainsi tout est vivant ; un grain de poussière, la mil­lionième partie d'une cellule organique, l'armée tout entière des planètes, non seulement tout cela vit ; mais ils savent tous qu'ils vivent ; tous ont de l'intelligence et de la liberté. De tous ces êtres, le Verbe est le premier et sera le dernier ; II est immuable dans Son essence, infini dans Ses aspects ; c'est Lui le seul juste, le seul beau, le seul réel, parce qu'il est toujours et par­tout la volonté du Père, vivante et agissante.


Qu'est-ce que le verbe, dans la grammaire ? C'est la partie du discours qui indique l'action. Dans le Cos­mos, le Verbe est aussi l'acte ; toute créature est une action de Dieu ; mais Lui, II est l'acte par excellence ou, plus simplement, II est.


Cela donc doit nous faire respecter beaucoup toute chose. Si l'on avait en soi le sentiment de cette omni­présence du Verbe, la moindre brindille, on hésiterait à la briser ; le moindre insecte serait sauf ; la terre ne serait pas déchirée sans besoin, ni surmenée ; les objets ne seraient pas gaspillés pour le plaisir de la destruc­tion ; nos frères enfin ne souffriraient pas sans cesse de notre sans-gêne.


Ces quelques résultats d'une conviction profonde ne s'adressent qu'à l'ordre matériel ; voyez comme il est plus important de vivre déjà selon le peu qu'on sait, plutôt que de courir curieusement après du savoir nou­veau. Car nous aurons tout à payer ; la plus petite souf­france venue de nous reviendra vers nous. L'homme donc qui s'attacherait à vivre complètement selon deux ou trois règles simples, quels progrès immenses ne ferait-il pas ? Quelle ne serait pas la paix autour de lui et en lui ? (Enfance 176).


JEA 1 : 3    Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.


     Comment celui qui admet le texte de Jean : « Rien de ce qui existe n'a été fait sans le Verbe » pourra-t-il, sans folie, mésuser, violenter, supprimer selon son caprice la plus infime des existences qu'il approche ?


Rappelons-nous sans cesse que l'Evangile ne fait pas de longs discours, ni de développements didacti­ques. Il pose un petit nombre de lois universelles sous une forme absolue ; au lecteur de déduire les suites par­ticulières et les adaptations relatives, toujours faciles à voir lorsque le cœur est simple.


Ayons un peu de courage intellectuel ; suivons jusqu'à leur terme ultime les conséquences d'un prin­cipe. Puisque mon prochain est tout ce à quoi je suis relié, dans la matière, le fluide, le mental, le social et l'esprit, mon amour doit s'étendre non seulement aux créatures visibles et à leurs corps, mais à leur interne ; non seulement aux individus, mais aux collectifs ; à la cité, à la patrie ; non seulement aux substances, mais aux essences ; aux lois sociales, aux arts, aux idées. Ainsi comprise, mon attitude charitable étend jusqu'à l'immense les bornes de mon action, et agrandit jusqu'aux cieux supérieurs les limites de mon être, il n'est pas de meilleure école, de plus saine, de plus savante - ni de plus ardue (Couronnement 173).


D'autres spiritualistes admettent que la Cause pre­mière est indépendante de son œuvre qu'elle aurait pu ne pas accomplir. Ils ne croient pas à l'émanation, mais à la création du monde, parce que, si Dieu n'était pas libre, II ne serait pas Dieu. Ce système, dont la forme la plus parfaite se trouve exprimée dans les premiers versets de l'Evangile de Jean et développée dans la théologie catholique, enseigne que Dieu contient non seulement tout l'imaginable, mais encore beaucoup d'autres choses situées au delà des bornes de notre intel­ligence et de notre sensibilité. Ce Dieu aurait pu faire le monde tout autre qu'il n'est, ou ne pas le créer, ou en créer d'autres à l'infini, et rien ne prouve qu'il n'existe pas des univers différents du nôtre.


En conséquence, toute créature, quelle qu'elle soit, se trouve toujours et tout entière sous le bon plaisir divin. Cette conclusion, pour indémontrable qu'elle demeure, apparaît comme la seule qui réserve aux êtres la possibilité de développements infinis, qui leur épar­gne le désespoir, qui les rende capables de se dépasser eux-mêmes. Car pourquoi Dieu, à qui je ne suis pas nécessaire, aurait-Il pris la peine de former ma per­sonne, sinon en vue de mon avantage, donc par bonté ? S'il est bon, II l'est parfaitement. Donc je trouverai en Lui tous les secours, toutes les puissances et toutes les connaissances. Donc les peines et les gênes que je ren­contre sur ma route, qu'elles soient les justes suites de mes précédentes incartades ou les injustes effets de la méchanceté environnante, doivent m'apparaître essen­tiellement comme les travaux préparés à mon usage per­sonnel par les soins d'un Maître très sage et qui m'aime. Dieu, parfaitement bon, ne S'irrite pas contre nous, ne nous punit pas, ne Se venge pas ; II nous laisse seu­lement subir les réactions douloureuses de nos déso­béissances, toutes les fois que nous n'avons pas voulu L'écouter. (Gué, p. 10).


JEA 1:4   En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.


       Regardez les manifestations les plus rudimentaires de la vie : la molécule, la cellule ; qu'y voyez-vous d'abord ? du mouvement ; d'où vient-il ? il nous paraît spontané. Je sais bien qu'il ne l'est pas, qu'il est trans­mis, que d'autres centres inconnus le sustentent ; peu importe. Le premier de tous mouvements, l'origine de toutes ces vies n'a pu être que spontanéité. Regardez enfin ce mot : la spontanéité : n'est ce pas le mot de Moïse : « Dieu a tiré du néant le ciel et la terre » ? N'est-ce pas le mot même du saint Jean : La vie, c'est le Verbe, fils de Dieu, c'est-à-dire mouvement sans cause, spontanéité ? (Mystique Chrétienne 103).


JE A 1:5   La lumière luit dans les ténèbres, et les ténè­bres ne l'ont point reçue.


Toute créature possède la parole, non seulement les pierres, les végétaux, les animaux, les invisibles ont leur langage, mais les objets aussi. Nous ne connais­sons pas ces langues, il est vrai, parce que nous ne som­mes pas encore des hommes ; si, par impossible, nous les connaissions actuellement, la dignité de notre âme est telle que toute créature à qui nous parlerions serait obligée de nous obéir, et notre manque de sagesse cau­serait alors de graves désordres. Telle est une des cau­ses de notre ignorance. Notre parole a une vertu. Nous pouvons, en parlant, déterminer des actes autour de nous ; mais notre force verbale est très limitée, tandis que la parole du Père est toute-puissante. Or, avant d'apprendre à parler, il faut apprendre le mécanisme et les effets de la parole. Cet apprentissage, c'est l'exis­tence, c'est l'expérience, c'est le travail, c'est l'épreuve. Il faut que l'élève sache parfaitement une leçon facile, avant de pouvoir étudier la suivante.


Tout homme porte en soi la Lumière, mais il faut la nourrir pour qu'elle transmue les organismes qui l'entourent. Or, on l'étouffé presque toujours au lieu de l'alimenter ; elle nous demeure pendant de trop nombreuses existences étrangère et inconnue. On entre­tient cette vie qui est en nous avec les substances cor­rompues de Pégoïsme cupide, avec des odeurs vénéneu­ses de la matière, au lieu de les soumettre, par la prati­que des vertus, à l'action purificatrice de la Lumière.


L'évangéliste dit donc justement que les ténèbres ne veulent point de cette Lumière cachée dans leur sein, et que le monde ne la comprend pas, bien que ce soit Elle qui l'ait construit. La maison ne connaît pas son architecte.


Elle est ce Verbe, cette Parole du Père, vivifiant tout, donnant même aux mauvais la force qu'ils retour­nent contre Elle. Elle parle surtout par la voix de la Conscience, bien que nous nous rendions sourds obs­tinément. Elle nourrit l'âme. Car si, chaque fois que nous satisfaisons nos désirs égoïstes, nous lésons une autre créature et déterminons dans le futur un trouble, une vengeance, une douleur ; par contre, si, écoutant le Verbe dans notre centre, nous sacrifions nos incli­nations, le milieu reçoit un bienfait, nous avançons d'un pas vers l'harmonie, nous imitons l'œuvre du Père, et nous devenons capables d'une béatitude plus grande.


Les mêmes explications se répètent pour l'histoire d'une race, et pour celle du genre humain tout entier.


Pour que le Verbe descende rallumer l'Etincelle mourante dans l'homme individuel, il faut une conjonction du centre spirituel de cet homme avec le centre divin ; il faut que le moi, vaincu par l'impossible, se retourne, d'un effort désespéré, vers Celui pour qui l'impossible n'est pas. Le signe de la croix représente cette rencontre, dans l'univers, dans le zodiaque, dans chaque planète.


Dans le monde des âmes aussi, ce Verbe habite depuis toujours et à jamais ; mais pour que Sa présence devienne sensible, il faut que les vêtements de l'âme -nos corps - se replacent, par le repentir, la purification morale et la charité, dans l'axe du rayonnement divin.


Quand un homme donne au Ciel la possibilité de descendre, avant l'incarnation pendant laquelle ce mystère doit se célébrer, l'Esprit Saint plane sur l'esprit humain ; de sorte que, lorsque s'opère la jonction de l'âme avec la personnalité, celle s'effraie de la person­nalité de celle-là ; et il faut qu'un ange vienne la rassu­rer, comme Gabriel convainquit Joseph de garder Marie, malgré les apparences.


Il en est ainsi parce que, si hauts que soient une personne, un moi, une volonté, ils restent toujours bien en deçà de la pureté de l'Esprit.


Au point de vue psychique, pour que le Christ naisse, il faut que l'individualité (Joseph) et cette faculté encore inconnue, que l'on pourrait appeler l'imagina­tion dans le sens le plus profond du mot, jusqu'alors actives et puissantes, aient reconnu leur nullité et soient ramenées à leur racine première, à l'état dans lequel elles se trouvaient lorsqu'elles commencèrent à travail­ler. Lorsqu'elles sont épuisées, qu'elles ne peuvent plus rien faire qu'attendre, lorsqu'elles ne trouvent plus d'aliment à leur activité, dans la nuit, le Verbe naît ; c'est la Vierge intérieure qui Le soigne ; tandis que l'individualité (Joseph), les facultés physiques (le bœuf), et sensorielles (l'âne) restent passives et impuissantes.


Notre rencontre avec l'Epoux peut avoir lieu ; au moyen de l'intention qui préside à nos actes, ou par la renonciation, ou par l'anéantissement du moi ; mais toujours au sein de la nuit la plus profonde.


Il faut y voir cependant malgré ces ténèbres.


Qui nous éclairera ? Trois lumières correspondan­tes aux trois modes de la rencontre ; la grâce de Dieu, l'oubli des images créées, la renonciation à soi-même.


Par la troisième lumière, l'Epoux entre dans le cœur ; par la seconde, dans l'âme intellectuelle ; par la première, dans l'unité surconsiente de notre esprit. (Enfance p. 190-191).


En réalité, rien ne nous arrive inopinément. Tou­jours un signe nous annonce les visites et les événe­ments. Seul, le Verbe, entre en nous, et S'y installe sans qu'il soit possible de prévoir l'instant miraculeux, parce que, seul de tous les êtres, II ne dépend d'aucune cir­constance ; II est libre. C'est ce que nous montrent dans ce point de vue l'étoile, les anges, et surtout le refus par lequel les hommes ont accueilli leur Sauveur.


Mais, il faut le dire à leur excuse, recevoir le Verbe n'est pas chose simple.


       Quand des amis viennent nous voir, on nettoie la maison pour leur faire honneur. Or, les différents

appartements qui composent l'homme sont plus diffi­ciles à nettoyer ; il y a le corps, qu'il faut purifier, puis l'esprit, si complexe, puis l'enveloppe presque impal­pable de l'âme.


Recevoir le Verbe dans son corps, ce n'est pas avoir peu à peu éliminé tels ou tels atomes chimiques par un régime alimentaire particulier ; c'est avoir vaincu le mal dans nos molécules organiques. En effet, l'homme est un tout dont les parties sont étroitement coordonnées ; la sensation réagit en lui sur le sentiment et sur l'intellect ; et chacun de ces deux derniers réagit sur les autres. Quand donc la pensée ou le sentiment ou l'acte contiennent du mal, l'organisme physique se vicie beaucoup plus profondément que par le manque d'hygiène ; pour purifier celui-ci, il faut donc purifier ses désirs.


Recevoir le Christ dans notre corps électro-vital, ce n'est pas soumettre le système nerveux aux entraî­nements de la science occulte ; c'est le rendre capable de toutes les besognes ; c'est lui faire surmonter toutes les antipathies que le monde des corps peut lui présenter.


Recevoir le Christ dans notre corps magnétique, c'est abandonner l'état du magiste qui réalise le noli ire, fac venire d'Eliphas Lévi ; c'est abandonner l'atti­tude de celui qui, luttant pour la vie, veut dominer par­tout, comme les sectateurs modernes du « magnétisme personnel » ; c'est abandonner l'attitude encore bien plus dangereuse de celui qui s'assied dans l'immobilité et qui essaie de tuer en lui le désir, ou le mouvement. C'est, au contraire, s'oublier pour n'attendre aucune récompense du bien que l'on a pu faire.


Recevoir le Christ dans notre corps astral, c'est abandonner le culte des dieux, pour se vouer au culte de Dieu.


Recevoir le Christ dans notre corps animique, ou sentimental, c'est cultiver l'indulgence, la compassion, la charité.


Le recevoir dans notre mental, c'est purifier la science et la pensée ; c'est ne jamais les employer pour le mal, ni pour l'avantage personnel, c'est les tenir pour incertaines et impuissantes tant qu'elles ne s'appuient que sur la connaissance d'un fragment de la Nature.


Recevoir le Christ dans notre volonté, dans le moi, n'a lieu que lorsque celui-ci est mort, lorsque tout acte nous est devenu indifférent par lui-même ou, si vous aimez mieux, quand tout ce qui se présente à faire nous devient un bonheur, le bonheur d'obéir, de faire la volonté du Père, malgré la fatigue qu'elle peut nous occasionner.


Enfin, Le recevoir dans notre esprit ne se peut que lorsque la pauvreté essentielle est réalisée. Nous ver­rons plus tard en quoi elle consiste.

Or, nous sommes libres ; nous pouvons accueillir la Lumière ou la chasser. Il est vrai que notre passé, notre destin, selon ce qu'il fut, nous sollicite dans un sens ou dans l'autre, il arrive même un moment où nous ne pouvons plus soutenir le poids accumulé des consé­quences de nos actes antérieurs ; mais si alors nous demandons du secours, non pas en geignant, mais en luttant de toutes nos forces, le Ciel nous écoute et nous aide.


Ce refus de la Lumière que nous formulons trop souvent est une conséquence, un karma, comme disent les Hindous ; cela vient de ce que les filiations naturel­les ne correspondent plus avec les spirituelles. Un enfant est bien physiologiquement le fils de son père et de sa mère corporels, mais souvent, trop souvent, son esprit n'est pas semblable aux esprits de ses parents ; et cette disparité nous affaiblit dans la lutte.

La croissance du Christ intérieur est analogue -quoique non semblable - à tout développement biolo­gique. Elle comporte des douleurs et des joies, les unes et les autres subies dans le silence. Ce n'est rien d'autre que la construction du corps de gloire ; l'Esprit Saint fait office d'architecte ; mais à la condition que l'homme nouveau lui accorde une collaboration cons­tante, par l'amour de la souffrance. Alors le ferment divin détruit tout en nous, pour tout réorganiser, sur un plan nouveau, et avec des éléments purs.

Le courage qu'il faut au voyageur pour quitter le chemin battu, c'est l'appel du Verbe. Chaque pas ne peut être fait que par la force indicible de ce cri. Suc­cessivement, le marcheur abandonne son manteau, ses chaussures, son bâton, indispensables lorsqu'il suivait la grand'route, superflus dans les sentes solitaires qu'il parcourt. L'air plus vif des régions vierges qu'il tra­verse change même la qualité de son sang. Les escala­des, les descentes, les plongeons dans les rivières décu­plent ses forces ; l'attente du danger aiguise ses sens. De même que les fatigues physiques endurées pour un bel idéal ennoblissent le caractère, de même la cons­tante préoccupation de ne nourrir que l'âme, de ne lui offrir que le seul aliment qui lui convienne : Dieu, c'est-à-dire le sacrifice finit par sublimiser et transfi­gurer la personne tout entière de ce voyageur intrépide.

Si l'on cherche quelques points de repère sur ce long voyage, on les trouvera dans une adaptation des événements racontés par les Evangiles. Ainsi le massa­cre des Innocents représente la mort des cellules physi­ques qui nourrissaient le feu de l'âme. La fuite en Egypte, c'est la pénétration par ce feu des centres les plus corrompus de la personnalité. L'adolescence inconnue du Christ, c'est le mystère silencieux dans lequel le grand œuvre intérieur s'accomplit. Les tenta­tions, le baptême, les miracles, les prédications, la pas­sion, la mort du Christ ; autant de drames où le régé­néré jouera le principal rôle avant de rentrer, enfin, dans la paix de son Seigneur.

Les personnages évangéliques, les apôtres, les sain­tes femmes, les pontifes, les malades représentent tous des forces spirituelles. Je préfère sur tous ces points ne pas donner de détails, par crainte des indiscrétions et pour prévenir les écarts possibles de chercheurs plus enthousiastes que prudents. Il en est si peu, d'ailleurs, dont l'esprit soit assez fort pour supporter ces boule­versements. (Enfance p. 193-194).


JEA 1:6      II y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean.

JEA 1:7 II vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.

JEA 1:8 II n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

JEA 1 : 9 Cette  lumière  était  la   véritable lumière,  qui,  en venant dans le monde, éclaire tout homme.

JEA 1 : 10    Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue.


Pourquoi donner à l'agent créateur ce nom de Verbe ? La parole est le mode d'expression le plus par­fait. Exprimer, c'est extérioriser, développer, faire sor­tir, pousser dehors ce qui était au dedans. Une suite de paroles, formant un tout logique, est une causerie.


      Qu'est-ce que causer, sinon semer des causes ? Qu'est-ce que la création, sinon la croissance du centre vers la circonférence, la réalisation avec l'espace et la durée de tout ce que contiennent le toujours, le jamais et le nulle part de l'Absolu ?


L'univers est la réalisation progressive d'une pen­sée du Père. Une symphonie peut rester inconnue et idéalement belle dans le cerveau du compositeur, audi­ble seulement pour l'oreille intérieure ; ou bien, avec du temps et du travail, être écrite, distribuée aux exé­cutants, jouée, et répétée des centaines de fois dans l'avenir. Dans l'imagination d'un Bach, par exemple, l'œuvre existe avec ses plus petites nuances, avec toute sa perfection ; toutefois, le soir du concert, le mauvais vouloir d'un musicien peut la déformer. De même, dans le Royaume du Père, tout est en parfaite harmonie. Mais s'il ne S'extériorise pas par Son Verbe, il en adviendra comme de l'œuvre du dilettante ; personne ne pourra ressentir les mêmes émotions esthétiques, ni, en y découvrant des lois, une méthode, un art, appren­dre à créer à son tour des sublimités semblables.


Si l'on regarde quel travail il nous faut fournir pour mettre sur pied n'importe quelle œuvre, on sera effrayé du fardeau incommensurable qui pèse sur les épaules du Verbe. Organiser l'indéfini du temps et de l'espace, y distribuer les millions de hiérarchies créaturelles, don­ner à chacune sa tâche, les faire concourir au même but, être partout pour rectifier les erreurs, relever les éner­gies, refréner les incartades, corriger les laideurs, c'est la tâche du Verbe et c'est ainsi que le développement immense de l'univers n'est que la croissance de Son corps cosmique. On comprend comment les comparaisons des Védas, des liturgies romaines et de la Kabbale sont plutôt des réalités que des symboles ; le grand homme céleste des anciens Sages n'est pas une figure ; c'est un être ; de même que notre corps est un univers pour l'atome organique qui s'y promène, de même que la terre est tout un monde pour l'individu, de même cette terre, et ce système solaire, et cette nébuleuse ne sont que des cellules physiques du grand tout universel. (Enfance p. 176)


JE A 1:11    Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue.


Le Christ peut donc descendre dans l'homme. Sa présence alors fait grandir l'étincelle divine qu'est notre âme, et toutes les substances physiques, qui en sont les vêtements, s'en trouvent purifiées et revivifiées.


Pour que le Christ vienne en nous, car II attend pour cela notre permission, si j'ose dire, il nous faut croire en Lui ; mais cette simple foi, bien au contraire de ce qu'enseignent les Eglises, est un travail énorme.


Il faut dire que le Ciel fait l'impossible pour nous encourager. A celui qui cherche sincèrement II envoie preuves sur preuves de Son action, à moins que nous ne fermions les yeux de propos délibéré. Notre devoir est de ne laisser perdre aucune de ces intuitions ; soins déjà difficiles ; car ces intuitions, il faut les saisir pour en profiter et, si nous sommes presque tout à fait maté­riels, nous ne le pourrons pas.


Cela vient de ce que les hommes sont, comme le dit Jean, de racines différentes, et ne peuvent, par suite, arriver, en une existence, qu'à un développement limité.


Ceux qui sont nés « du sang », ou « des sangs » sont les produits de la matière, dont la vie cherche tou­jours à s'accroître. L'enfant est envoyé aux parents sans que ceux-ci aient le moins du monde pensé à lui ; c'est la reproduction automatique des cellules organiques, liée aux circonstances.


Ceux qui sont nés « de la volonté de la chair », un peu moins nombreux, ont été dirigés dans telle ou telle famille, à l'insu aussi des parents, pour complé­ter une série, pour remplir une lacune dans l'armée ter­restre, à cause de leur destin individuel, divisé par périodes.

Ceux qui naissent « de la volonté de l'homme » sont très rares ; cela suppose dans leurs parents des notions et des pouvoirs peu répandus ; et dont l'usage n'est pas toujours conforme à la loi.


Mais ceux qui viennent ici-bas par ordre du Père sont rarissimes. Ils sont parfaits, réintégrés, mission-nés, des hommes libres en un mot ; et ils servent de modèle à tous les autres hommes qui ne leur ressem­blent que par le corps physique. Ceux-là, c'est Dieu qui est leur père, et la Vérité qui est leur mère ; leur volonté est divine, leurs facultés sont pures, ainsi que leurs orga­nes. Tout en eux est conscient du Ciel, à travers tous les voiles, toutes les distances, toutes les durées, et, là où ils sont, l'erreur, le mal et la mort s'enfuient. Enf. 178


JEA 1 : 12 Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu,

JEA 1 : 13 lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.


En vérité, j'entends au point de vue absolu, il n'y a que deux sortes d'hommes : les enfants de la Nature et les enfants de Dieu.


Les premiers sont tellement nombreux que, pour ainsi dire, ils composent les humanités universelles pres­que tout entières. Ce sont les écoliers, les pèlerins, les évoluants, la foule entre des barrières, les sujets passifs du Destin. Ils subissent, ils réparent, ils s'instruisent, ils prennent des forces. Ils n'agissent pas, au sens réel du mot ; ils ne peuvent pas, ni ne savent pas encore agir ; leurs œuvres sont d'argile ; leurs paroles, des balbutie­ments ; leurs volontés, des caprices. Même les œuvres des génies, les paroles des conducteurs de peuples, les vouloirs des héros, tout cela, ce sont des ébauches, car nous les regardons, n'est-ce pas ? du point de vue de Dieu. Les hommes avancent, certes, mais si lentement qu'il faut attendre des siècles pour mesurer leurs pro­grès. Un jour cependant, ils découvriront les frontières du monde ; leurs regards éblouis se rempliront des pay­sages éternels déployés tout près d'eux sur l'autre bord de l'abîme du Néant ; un jour, le Verbe, avec Ses anges et Ses amis, paraîtra au détour du chemin et, par la vertu d'un baptême définitif, dans le silence total des créatu­res attentives, ces esclaves deviendront soudain des hom­mes libres ; ces écoliers, des maîtres ; ces piétons haras­sés, des athlètes calmes et forts. On les vêtira de robes brillantes, on les saluera au titre d'Enfants de Dieu.


Mais, pour maintenant, ces Enfants de Dieu sont rares : quelquefois, un par race ; plus ordinairement, un seul par siècle, pour la terre entière.


Le premier en date qui, dans la littérature initiati­que, parle de ces mystères, c'est Jean le Vierge, car per­sonne ne les avait pu soupçonner avant la révélation corporelle du Verbe ; nul depuis, d'ailleurs, n'a non plus osé ou pu en dire un mot.


Voici ce qu'enseigne le Fils du Tonnerre : « Ceux qui ont cru deviennent, par une grâce du Verbe, enfants de Dieu ; ceux-là ne naissent ni des sangs, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais par la volonté de Dieu. »


II ne faut pas entendre qu'on parle ici des âmes. Les âmes sont la Lumière même ; elles ne deviennent pas, elles demeurent ; elles ne tombent pas, elles restent spectatrices et témoins : seul, leur éclat peut varier. Jean parle du moi, de l'esprit individuel. Le moi évolue, monte, descend, grandit, rapetisse, se salit, se purifie ; il appartient au Naturel et l'âme au Surnaturel. L'indi­vidualité est le produit de deux facteurs, l'enfant de deux parents ; tout naît par un mariage. Les parents, les véri­tables constructeurs de l'esprit, l'évangéliste les désigne comme pouvant être ou les génies de deux familles, ou un dieu avec une déesse de la matière, ou deux volontés exceptionnelles. Le premier cas est le cas général. Le second ne se présente que si, par exemple, telle forme de la matière va être assouplie à un ouvrage nouveau, parce que l'inventeur ne réussira que s'il possède une suprématie spirituelle sur les forces matérielles destinées à ce nouvel usage. Le troisième cas est tout à fait rare : il a lieu quand un dévastateur doit venir sur terre en fléau de la Justice, ou lorsqu'un séducteur spirituel y descend, comme réponse aux égarements d'une race.


Telle est la génération des esprits humains ; on y retrouve la loi universelle qui exige, pour chaque pro­grès d'un inférieur, le sacrifice de deux supérieurs. L'individualité a besoin, pour se construire, du dou­ble concours d'un génie qui s'exile et d'une âme qui s'enchaîne. L'enfant ne peut naître que si sa mère a accepté de souffrir et si son moi veut bien se laisser con­duire en prison.


Dans l'intervalle de deux incarnations terrestres, ce qui, en nous, n'appartient pas à la terre passe le fleuve frontière du pays des ombres, et prend un repos durant lequel les poussières et les déchets se déposent peu à peu. Toutes les parties de notre être bénéficient de ce calme, car en toutes, dans les plus matérielles même, scintillent des étincelles du Centre, des souffles de l'Esprit les traversent, des rayons de l'âme divine les illuminent. Une alchimie délicate et mystérieuse règle cette opération. L'ossature psychique de l'individua­lité demeure en l'état où les travaux de l'existence qui vient de finir l'ont amenée ; tandis que les préjugés, les inutilités, les erreurs s'évaporent lentement au feu d'un soleil secret ; car l'âme, parce qu'engendrée du Vrai, n'accepte et ne s'assimile que le Vrai.


Avant de renaître, le moi retrouve donc ses orga­nes de connaissance et d'action tels qu'il les a rendus à la Nature lors de son dernier départ. Mais l'huile a été décantée, la lampe éclaire mieux, l'idéal apparaît plus net ; l'élan inné de la vie améliore naturellement les canaux par où il descend à la rencontre de nos aspirations.


Ici entre en jeu la loi des renaissances. Faut-il accepter cette théorie ? Les preuves philosophiques ou expérimentales, aussi bien que celles données comme inattaquables par les occultistes, sont impossibles à admettre rationnellement. Il s'agit là d'une de ces nom­breuses vérités dont l'intuition seule peut nous convain­cre. C'est une vérité consolante pour la foule des demi-spiritualistes qui ne croient pas d'une foi plénière et sereine à la bonté de Dieu, ni à Sa justice. C'est une vérité inutile pour le disciple dans le cœur duquel pal­pite le sens du divin. Les hommes, pour la plupart, pen­sent comme si les perfections divines étaient renfermées, bien à part, dans un coffret verrouillé, ne concevant pas qu'elles sont vivantes, réelles, mêlées au monde, ouvrières actives, forces positives. Le disciple comprend ces choses d'une façon plus pratique. La réincarnation lui paraît possible et logique, puisque tout est possi­ble, et qu'il suffit que Dieu veuille pour que tout soit ; mais il ne se préoccupe de rien que de son devoir immé­diat. Son cœur habite le royaume du Permanent. Peu lui importe de prendre aujourd'hui le costume de l'ouvrier, demain celui de l'artiste, après-demain celui du prince ; n'est-il pas partout avec son Seigneur, avec son Bien-Aimé ?


Au reste, on ne découvre dans l'Evangile que des allusions à la pluralité des existences. Toute l'antiquité y croyait, tout l'Orient y croit encore aujourd'hui. Cette idée donne de l'espoir ; elle peut aussi rendre indolent. A l'inverse, la théorie catholique peut jeter le désespoir dans une conscience craintive, mais aussi elle fomente l'énergie des cœurs ardents.


Quoi dire d'exact sur la réincarnation ? Les vieux sages de l'Inde et de la Judée nous ont transmis quelques-unes de leurs recherches. Mais ne savons-nous pas d'avance qu'elles sont approximatives et conditionnelles, au même titre qu'une expérience de laboratoire ? Ne savons-nous pas que la venue du Verbe a bouleversé le Cosmos, détrônant les grands dieux, éle­vant les cohortes de l'abîme, peuplant les déserts, rui­nant les populeuses cités de l'Invisible, mettant à gau­che ce qui était à droite, et réciproquement ?


Dès lors, sur quelles bases refaire les calculs des initiés ? Comment guider nos voyants ? Sur quelles car­tes de l'Au-delà se conduire ? Où élever l'observatoire pour l'immensité de la Création ? Ne faudrait-il pas, au préalable, sortir de l'espace et s'abstraire du temps ? Ne faudrait-il pas être, non seulement un délivré, mais encore un homme libre ?


La réincarnation n'est pas un phénomène simple. Une personnalité ne revient pas en bloc, telle quelle ; elle subit des réductions et reçoit des additions. Que sont ces changements, d'où viennent-ils, dans quel but ? On ne peut pas le savoir. Les adeptes même admis aux conseils des dieux ne savent que ce que ces dieux savent, ou ce qu'ils veulent bien leur dire. L'homme ressemble à une grande ville où des voyageurs entrent sans cesse, tandis que d'autres en sortent. Qui tiendra le registre de ces fluctuations ? Dans certaines races, le moi garde constamment son destin ; dans d'autres, plusieurs « mois » se relaient dans un ou plusieurs orga­nismes : ailleurs, il y a des collaborations ; ailleurs encore, l'esprit ne s'incarne pas, mais obombre le corps ; et combien d'autres procédés ingénieux la Nature met en œuvre ! Nous ne pouvons même pas les cataloguer.


Il est plus digne de faire l'aveu de notre ignorance en nous jetant aux bras miséricordieux de l'Ami. Ce serait Sa joie de nous promener dans les palais du Mystère, de merveille en merveille, et de secrets en secrets. Mais nous ne saurions pas nous bien tenir, parmi les êtres resplendissants, les génies ailés, les gar­diens taciturnes et magnifiques qui peuplent les salles de la Maison éternelle. Regardons-nous ; sachant à l'avance que dans une rue où un devoir nous appelle nous rencontrerons un créancier, combien d'entre nous ne remettront pas le devoir pour éviter l'ennui prévu ?


Or, si nous connaissions nos existences antérieu­res, il serait facile de déduire à coup sûr les épreuves réparatrices qui nous attendent aujourd'hui ; et per­sonne, il faut bien l'avouer, ne serait assez courageux pour ne pas chercher à les fuir ; de là s'ensuivraient, pour notre plus grand dommage, des retards considé­rables dans notre avancement spirituel.


Ce même exemple explique la raison profonde de toutes nos ignorances. D'ailleurs, Jésus ne nous demande pas de devenir savants, mais bons. (Myst. chré. p. 9-11)


Bulletin 180, octobre 1994 et 183, juillet 1995


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