les amitiés spirituelles

« Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur !

Paix dans le Ciel et gloire dans les lieux très hauts ! »

(LUC XIX, 38)



L’entrée de Jésus à Jérusalem, au milieu des acclamations de la foule des gens simples et humbles, peut paraître un menu fait aux yeux du monde qui ne juge les choses que selon leurs apparences matérielles. C’est un fait considérable du point de vue de l’Esprit, si on associe à ce fait les deux ou trois gestes consécutifs accomplis par Jésus : Il pleure sur Jérusalem, prévoyant sa ruine prochaine, Il chasse les vendeurs du temple et enfin Il dessèche le figuier stérile.


Ainsi que le dit Sédir dans le Couronnement de l’Oeuvre, « tout va par couples dans la Nature. Et, en particulier, dans ce grand poème de la Bonne-Nouvelle, la marche de l’action est double : d’un côté descend le cortège du Ciel, avec le Précurseur en tête, puis le Messie au milieu de Sa suite de disciples élus et d’anges serviteurs, enfin l’armée des hommes et les cohortes des esprits de la Nature. De l’autre côté monte le cortège de la Terre, où les prêtres entourent Hérode, où les Sadducéens et les pharisiens se pressent, guidés par les agents invisibles de Mammon, de Moloch et de Satan, où suivent les masses profondes du polythéisme, enchaînées par les rites aux simulacres des génies et des dieux du spiritus mundi. Et les deux cortèges se rencontrent au sommet du Moria, au pied de l’arbre universel de la Croix. »


Le second cortège, celui de l’esprit de ce monde, se rattache directement à la lignée des triomphateurs temporels qui, depuis des millénaires, s’exhibaient du haut des chars et des terrasses monumentales, courbant les peuples sous les verges et les chaînes et les obligeant à les acclamer de bouche, quoique ces derniers les eussent maudits tout bas. C’était le règne de la force brutale, la domination de la puissance matérielle et des instincts.

 

Le règne du Christ sera fait de charité et de pardon ; Il nous dit Lui-même qu’Il est « doux et humble de coeur ». Il n’entrera pas à Jérusalem monté sur un superbe coursier remplissant l’air de ses fougueux hennissements, mais sur une humble bête, sur un ânon. Son cortège ne sera pas composé de guerriers bardés de fer, mais des pauvres gens qu’Il aurai guéris, consolés, éclairés. Aussi les cris de joie de Ses admirateurs ne seront-ils pas dictés par la crainte des représailles, mais jaillis spontanément de la reconnaissance et de l’adoration des coeurs.


C’est à ces derniers, aux simples, que Son divin message sera d’abord adressé, parce qu’ils sont prêts à Le recevoir. Pour les autres, ils Le repousseront et Son coeur saigne à cause de cela, car Il voudrait aussi les amener au Royaume de la paix et du bonheur ; mais eux ne le veulent pas et c’est pourquoi Il pleure sur Jérusalem et sur le triste avertir que cette ville se réserve par son obstination.


Car ce Roi de douceur, cet Agneau d’humilité est néanmoins le Fils unique de Dieu, donc le Maître de l’Univers. Son triomphe final est certain et c’est pourquoi Sa venue change l’axe moral du Monde, met en bas ce qui était en haut. C’est Lui le grand. Rédempteur, le Régulateur de toutes choses.


Aussi la prédiction des malheurs de Jérusalem et de la dispersion du peuple d’Israël insoumis est-elle la conséquence naturelle de Son avènement, de même que les deux autres faits rapportés par les Evangiles : l’expulsion des marchands du temple et la malédiction du figuier stérile.


Pour les vendeurs dont l’unique souci est l’acquisition pour soi des biens matériels, ils doivent forcément être chassés du Temple de la charité et de l’abnégation personnelle que le Christ est venu fonder, et ceci non seulement à Jérusalem et au moment où le Seigneur l’a fait, mais dans le monde entier et pour les siècles futurs. « Que celui-là qui veut venir après moi, a-t-Il dit, se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix tous les jours et qu’il me suive. » Le riche attaché à sa fortune n’entrera pas au Ciel où il n’y a pas place pour les marchands cupides.


Quant au figuier qui a refusé de donner ses fruits à l’appel du Maître de toutes choses, il personnifie le mauvais serviteur qui ne veut pas faire les oeuvres que le devoir met sur son chemin ; il devient stérile et inapte à entrer dans le Royaume, tant que son coeur reste ainsi infécond pour le service du Ciel. Sa personnalité terrestre est perdue, mais non son individualité immortelle, car si l’arbre qui ne porte pas de bons fruits est « coupé et jeté au feu », sa racine reste en terre et les soins du Bon Jardinier toujours clément sauront y faire lever une nouvelle tige. Nul être ne s’égare pour toujours, mais tant qu’il reste égaré, il souffre du feu de l’épreuve et cette souffrance est une bonté du Père qui « ne veut pas la mort définitive du pécheur, selon la parole de l’Ecriture, mais seulement qu’il se convertisse et qu’il vive. »


Et c’est ainsi que la fête des Rameaux, l’entrée de Jésus à Jérusalem est l’annonce de la Paix pour tous : la paix immédiate pour les coeurs sincères et humbles qui accueillent le Maître dès Son premier appel et se mettent à Sa suite ; la paix seulement lointaine, pour plus tard, après bien des avatars et des déceptions : pour ceux qui refusent d’abord Son message d’amour et s’entêtent dans leurs mauvaises voies. Ceux-ci, parce qu’ils ont reçu le redoutable privilège d’user de leur libre arbitre, ne font que prolonger ainsi par leur faute, pour eux et pour tous ceux qu’ils entraînent à leur suite, la durée de l’épreuve universelle.


Afin d’écourter celle-ci et de hâter la venue du royaume de la Paix, les serviteurs du Bien, surtout en cette époque où un jugement du monde s’annonce, doivent donc tendre leurs énergies et travailler avec plus d’ardeur et de zèle que jamais. Prions le Maître de susciter de nouveaux ouvriers à Sa vigne.

Les Rameaux par Emile Besson

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