les amitiés spirituelles

« Si quelqu’un veut faire la Volonté de Dieu, il connaîtra. » (JEAN VII, 17)


Dieu le Père étant inconnaissable, Sa volonté le serait également, si Jésus n’était pas venu nous la révéler.

Comment le Fils a-t-Il traduit par la parole et exécuté par l’action cette Volonté suprême, seule réalité permanente stable et parfaite ?

Son unique commandement est :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu par-dessus tout et tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

D’autre part, Son acte capital fut de Se sacrifier pour l’humanité.

La Volonté de Dieu serait donc l’amour réciproque de toutes les créatures, amour poussé jusqu’au sacrifice total et harmonisé dans un amour plus grand encore : celui de Dieu.

Il n’est point besoin d’être grand clerc pour comprendre l’économie du commandement de Jésus. Si chacun se dit : Quand je me dévouerai pour toutes les créatures, toutes les créatures se dévouant pour moi et Dieu venant ajouter à cette union des coeurs la force de Sa toute-puissance, le Royaume du Ciel sera instauré sur la terre, alors qu’il ne s’y trouve encore qu’en potentialité.

Et ce miracle se réaliserait instantanément si, à partir d’une certaine minute, tous les hommes se dévouaient les uns pour les autres, sans arrière-pensée.

Mais, voilà ! Un grand nombre de nos frères n’ont pas encore « entendu » le commandement ; et, parmi ceux qui l’ont entendu, beaucoup attendent, pour l’exécuter, que les autres commencent ; car ils ont peur que leur effort personnel reste vain. Il s’agit en effet de faire démarrer un train que retient le poids si lourd de tous nos égoïsmes. Une fois lancé, sa marche deviendrait aisée.

Faudra-t-il que Jésus revienne pour donner Son formidable coup d’épaule ? Si oui, c’est encore Lui qui aura tout le mérite et nous aurons failli une fois de plus à notre mission.

Notre Père céleste pourrait nous imposer la Loi de Son Royaume. Il préfère et Il attend que nous l’adoptions proprio motu. Il nous permet même d’essayer tous les autres systèmes possibles : ceux dont l’origine est purement humaine, ceux qui viennent des dieux, et ceux qui viennent de

l’Adversaire. Car Il n’est pas jaloux comme l’était Jéhovah.

Où trouver un Père si bon, si libéral, si patient, si miséricordieux ? On dirait même qu’Il a créé le temps et qu’Il en prolonge la durée pour nous laisser expérimenter et réfléchir, avant de nous décider. Il est vrai qu’un homme qui s’est décidé de lui-même est d’un rendement beaucoup plus sûr que celui qui aurait été contraint...

Tout autant que nos efforts restent dispersés et pendant la période — qui ne sera pas infinie — où nous pouvons encore choisir, l’égoïsme continue à dominer ; il accumule sur le train arrêté le poids de sa gangue ; il empêche l’essor des esprits vers le Ciel.

En dernière analyse, tous les systèmes possibles conduisent vers deux solutions : Celle de la Volonté divine, celle de l’Amour, qui nous est inspirée par les intuitions de la conscience, cette lumière chaude et vivante du coeur.

Celle des volontés adverses, humaines ou extra-humaines, celle de l’égoïsme qui nous est suggérée par notre moi s’inspirant de nos sensations et de notre imagination, lumière inversée, froide et morte venant du cerveau.

La première ferait de nous les enfants fidèles du Royaume de Dieu ; la seconde nous laisse errer en enfants prodigues dans le royaume du monde.

Dans la pratique, nous abusons du temps qui nous est donné pour prendre une décision.

Notre paresse nous enlise. Pourtant, les coups du destin nous font bien voir que tout est solidaire dans la création ; il s’y produit de telles interpénétrations, des communications si intimes, que le bien ou le mal, la joie ou la douleur survenant au moindre des êtres ont des répercussions universelles. Les erreurs étant très nombreuses, tandis que la Vérité reste une, nous récoltons plus de souffrances que de bonheur. Et c’est la souffrance qui nous ramène à la bonne volonté, à la Volonté de Dieu.

Restreindre les discordances et les conflits d’égoïsmes générateurs de destructions pénibles devient peu à peu le souci de tous nos instants. Les conséquences de l’anarchie résultant de l’infinie variété des désirs des créatures nous amènent à renoncer à ce qui vient de notre propre fonds pour obéir à la Loi d’amour. Notre collaboration avec la Volonté divine supprime par conséquent un grand nombre de nos épreuves ; nous sentons les avantages qu’il y a à passer dans le camp du plus fort et il nous vient enfin la certitude de triompher sous Lui.

Telle est la découverte du secret de notre bonheur.

Obéir à notre Père ! Remarquons bien qu’Il ne nous donne jamais à accomplir que de toutes petites choses, des choses faciles par conséquent. Il Se réserve les grandes, les difficiles. Mais dans ces petites choses nous devons apporter tous nos soins. Ne sommes pas des aides inutiles pour le Tout-Puissant ? Ne sommes-nous pas Ses tout petits enfants ? N’avons-nous pas intérêt à renoncer à notre moi orgueilleux et prévaricateur pour nous confier à Lui en toute sécurité ? Nos enfants ne sont-ils pas gais, optimistes, rayonnants de paix intérieure tant que nous les protégeons ? Soyons les enfants de Notre Père céleste. Disons : Que Votre Volonté soit faite ! Et nous connaîtrons la même paix que nos propres enfants.

La connaissance diffère en qualité de certitude, d’étendue et de durée, selon qu’elle vient du coeur ou qu’elle vient du cerveau.

Dans le premier cas, elle est une communion intime entre le sujet et l’objet qui se livrent l’un à l’autre dans leur nudité réelle, se fondent en sorte et ne pourront plus s’oublier, puisque chacun vivra dans le sentiment permanent de l’autre.

Dans le second cas, elle ne touche que la mémoire par l’inscription, toujours fugace, de sensations illusoires et souvent contradictoires émanant des formes et des rapports extérieurs, qui, évoluant, changeant avec la vie, n’ont aucune réalité permanente.

La connaissance par le coeur est le fruit de l’arbre de Vie.

La connaissance par le cerveau est le fruit de l’arbre de la science du bien et du mal. Elle n’a d’ailleurs commencé qu’avec la chute de l’homme, sous l’influence luciférienne.

Lucifer, l’archange rebelle, est le porteur de la lumière intellectuelle, l’inspirateur de l’imagination - cette folle du logis —, le pourvoyeur du raisonnement humain qui prétend vouloir discuter le plan du Créateur, critiquer Son oeuvre et même se substituer à Lui pour Lui indiquer comment Il aurait pu S’y prendre pour faire mieux. Ce prince de l’orgueil nous a égarés dans le maquis du monde où il règne et où tout est établi à l’inverse de ce qui existe dans le Ciel ; Dieu y est rapetissé, tandis que le Moi s’enfle comme la grenouille de la fable.

La précarité du savoir, luciférien par sa nature, n’a pas échappé aux chercheurs sincères ; tous avouent n’avoir abouti qu’à mieux connaître leur propre ignorance. Tous les systèmes scientifiques sont des maisons sur le sable ; il faut sans cesse les rebâtir.

En aucun passage du Nouveau Testament il n’est question de science, d’étude ou de discipline mentale. Congénitalement, notre cerveau a une capacité limitée ; notre mémoire est défaillante ; notre attention vacille ; notre raison reste personnelle et incommunicable ; notre jugement n’engage que le Moi.

Ce n’est donc pas par l’intellect que, la Vérité éternelle peut entrer en nous. Le cerveau n’est qu’un instrument comme tant d’autres ; nous ne devons pas le laisser sans emploi ; mais nous ne devons pas nous laisser conduire par lui.

Déifier l’intelligence, c’est rompre l’équilibre au détriment de l’intuition, c’est rétrécir le coeur, c’est voiler la conscience et cette attitude nous rend inquiets, malades, impuissants à l’action.

Généralement, toute notion nouvelle acquise par le cerveau ouvre une porte nouvelle au bien comme au mal ; mais, comme le mal est plus ardent à se frayer passage, c’est lui qui se manifeste le premier. Ce phénomène est très apparent dans tous les essais de « civilisation » tentés auprès des peuples arriérés par la seule propagation de l’instruction ; les néophytes se jettent d’abord sur les fruits les plus mauvais de la race civilisatrice : ses besoins de jouissance, ses vices, et il en résulte une recrudescence de souffrances.

Nous trouvons une autre preuve de l’impuissance de l’intellectualisme dans la théologie et l’exégèse, qui rapetissent et étouffent la religion, laquelle est une affaire de coeur seulement.

Les étapes du savoir devraient être mesurées à la possibilité d’accomplir les devoirs nouveaux qu’il impose. La curiosité, la soif de connaître nous font pénétrer en pleine aventure avant que nous soyons prêts à en subir les vicissitudes. L’expérience doit précéder la science et le cœur doit déjà contenir le germe de ce que le cerveau développera.

Cherchons à faire découler des données précédentes sur la Volonté de Dieu et sur la Connaissance une règle simple et claire, et concluons par le titre de notre étude : « Si nous voulons faire la Volonté de Dieu, nous connaîtrons ».

Autrement dit : Aimons-nous les uns les autres et nous saurons ; si nous voulons comprendre quelqu’un ou quelque chose, commençons par l’aimer.

Qui fait ce que Dieu veut, c’est-à-dire qui aime son prochain comme lui-même, vit dans le coeur des autres et les autres vivent en lui. Il possède donc la part de vérité fixe que chacun exprime en la réalisant dans le monde physique, ultime aboutissement du monde divin. Il opère par les essences et non par les apparences. Il travaille sur la vie et non plus la forme. Or, le plan de Dieu semblant être de nous faire connaître successivement toutes les situations possibles, nous ferons des pas de géant en vivant, en Plus de la nôtre, celle de tous les êtres auxquels nous sommés mêlés.

La charité serait donc l’école universelle.

Celui qui a réussi à transmuer son égoïsme en altruisme voit s’ouvrir l’intime de toutes les créatures et celui qui se sacrifie pour elles devient leur alter ego ; il accumule d’un seul coup toute la connaissance qui s’exprime par elles.

Enfin, celui qui s’efforce à aimer Dieu — et aimer son prochain, c’est aimer Dieu — apprend connaître Dieu, c’est-à-dire qu’il tend à réaliser la somme de toutes les connaissances.

Remarquons la forme de l’invitation que nous adresse le Christ : « Si quelqu’un veut faire la Volonté de Dieu... ». Comme cette manière de demander est délicate ! Celui qui a tout créé respecte le libre choix de Ses créatures. Dans la différence qui existe entre un commandement impératif de l’Ancien Testament et cette prière en quelque sorte, nous pouvons découvrir toute la tendresse du coeur divin, tendresse de père s’adressant à son enfant.

Cette façon d’éveiller en nous une volonté, conforme à la Sienne laisse place à un entraînement progressif de notre part. Nous ne sommes pas contraints, mais seulement invités à faire ce que Dieu veut. Ainsi, Notre-Seigneur excuse d’avance les échecs de nos tentatives ; Il sait que nous sommes faibles et Il est prêt à pardonner nos défaillances.

Cependant n’abusons pas de Sa miséricorde ; ne retardons pas notre effort personnel. Celui qui nous « invite » nous attend. La simple déférence, à défaut, de l’obéissance, nous oblige à répondre par notre bonne volonté. Et puisqu’Il nous aide de toute Sa force souveraine, pourquoi tarder à nous décider ? Essayons d’abord quelques pas timides vers Lui ; Il en fera mille vers nous ; Il est la Voie même ; nous sommes donc sûrs de Le rencontrer et de L’avoir pour nous dès que nous nous engagerons sur Sa route.

L’Amour et la Connaissance par Emile Besson

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