les amitiés spirituelles

L’Hindouisme et les Yogas par Sédir

Pour les Hindous, gens de race aryenne, la personnalité est très faible, les volontés ne sont pas très individualistes, mais ils remplacent ce désavantage apparent par une extrême plasticité mentale: ils ont une intelligence, un psychisme très attractif et hospitalier pour toutes sortes de forces et ils ont institué des méthodes de culture qui diffèrent de celles des Jaunes, en ceci particulièrement qu'elles seront avant tout pratiques, adjuvantes de leur moi un peu indolent et qu'elles les aideront à conquérir non plus des notions métaphysiques comme les Chinois mais des forces, des fluides.

 

L'Inde pré-brahmanique a été un des pays où la culture humaine a atteint les sommets les plus beaux. Il y a dans chaque race une façon de sentir la vie qui est la caractéristique de cette race et en même temps sa limite. Cette notion chez le Jaune c'est l'idée que tout est pour le mieux: c'est un optimisme absolu chez l'Hindou. Le meilleur usage que l'on puisse faire de la vie, c'est de trouver les moyens de s'en sortir - c'est ce qui fait que l'Hindou a été en somme le plus religieux et le plus superstitieux des hommes.

 

Nous avons eu, depuis la fin du XVIIIe siècle, progressivement en Europe, une sorte de conquête de la mentalité blanche par la mentalité hindoue. Il y a assurément en Extrême-Orient de très nobles choses dont nous pouvons tirer le plus grand profit, mais cette admiration est excessive.


De même que serait naïf celui qui irait aux Indes avec l'espoir de découvrir immédiatement un fakir, de même celui qui étudie les systèmes de l'Inde avec une idée préconçue d'y trouver la vérité une, Absolue, irait au-devant des plus grandes désillusions. Il y a aux Indes des gens remarquables, à mon avis surtout par des excroissances spirituelles, mais ils sont très rares. Mais si vous pouvez rencontrer et ─ ce qui est bien plus difficile ─ si vous parvenez à faire parler les plus hauts parmi ces êtres, vous remarquerez chez eux des imperfections morales et toutes sortes de vices de vue métaphysique qui vous montreront que ce pays a perdu le sens de la Vérité centrale du monde qu'il possédait il y a quelques centaines de siècles.


Tout dans la vie des Hindous est un rite. Dès le lendemain du mariage il y a un certain sacrement institué pour appeler au foyer des jeunes époux les esprits des enfants qui doivent leur venir. Un autre a pour but de faire concorder la recherche de ces enfants, un autre sacrement pour la venue au monde de ces enfants, un autre pour la purification des parents, un autre pour le premier repas solide de l'enfant, un pour son entrée dans les collèges spéciaux, un pour le choix de son nom mystique, un pour son mariage, etc. Tous les événements marquants de la vie sociale sont ainsi reconstitués, réorganisés vers les sommets spirituels. En outre la vie quotidienne de l'Hindou est une succession d'actes religieux. Quand il se lève, sa toilette est une purification avec des prières spéciales, de même pour le repas; l'allumage du feu est sanctifié, etc.


Cette tension énorme de millions d'êtres vers les centres immatériels de forces a modelé l'atmosphère seconde de ce pays, elle a attiré certains courants dynamiques grâce auxquels a été possible l'éclosion de certains êtres extraordinaires qui furent des thaumaturges; quoique l'Hindou cultivé méprise le faiseur de miracles, car il considère que le miracle est un lien de plus avec l'existence.


C'est dans ces siècles disparus qu'existait dans tout son développement le système des castes qui a donné à l'Inde la santé morale la plus magnifique. Il y avait, disait-on, des gens qui étaient ouvriers de naissance, des négociants de naissance, prêtres de naissance. Les alliances ne se permettaient pas de caste à caste. Selon le point de vue de l'invisible, c'était dans le grand collectif hindou, quatre sous-collectivités dont les cellules ─ les âmes ─ à ce qu'on croyait, revenaient toujours dans le même centre. Et ainsi on arrivait à une grande perfection. A la caste des Brahmanes était dévolu le privilège de s'avancer dans les voies de la sagesse. D'après leurs vieux livres, au cours des réincarnations il devenait possible à une âme de passer d'une caste à une autre. A partir de son entrée dans la caste sacerdotale cette âme pouvait entrevoir le seuil lumineux de la délivrance après lequel soupire toute âme d'Hindou. Dans cette caste il y avait un principe: les prêtres Hindous étaient obligés de se marier et la rétribution de leurs fonctions sacerdotales servait à entretenir leur famille; cependant quand ils étaient grands-pères ils devaient abandonner leur famille pour se consacrer tout entier à la recherche de leur salut, de leur délivrance personnelle. Pour cela ils devaient passer plusieurs années comme ascètes dans la forêt, ensuite, quand ils avaient conquis certains stades de développement, ils devenaient des ascètes errants, ils sortaient de la forêt, ils rompaient les dernières attaches avec le monde. Jusque-là leurs enfants, leurs petits-enfants, les gens de leur village et leurs successeurs pouvaient venir les consulter dans la forêt. Désormais ils partent et personne ne sait plus rien d'eux; ils errent tout le reste de leur vie et alors ils doivent arriver à la conquête du titre de yogi.


Mais ce système qui offrait au triple point de vue de la solidité de la société, de la famille et du développement spirituel de la race les plus fortes garanties, n'a pas résisté à l'épreuve du temps et tandis qu'autrefois les hommes seuls qui avaient expérimenté la vie, les passions, les tourbillons des convoitises humaines étaient qualifiés pour entrer dans les sentiers réservés à la sagesse, aujourd'hui beaucoup d'Hindous étudient l'ésotérisme sans préparation. C'est cette rupture avec les anciennes traditions qui fait que dans l'Inde on trouve tant de charlatans et tant de dévoyés et que dans les rares centres où est conservée une tradition aussi saine que possible, sur le nombre peu élevé d'élèves qui recherchent la sagesse d'avant les Védas, il n'y en ait pas trois ou quatre sur mille qui arrivent au but. C'est dire que cette méthode, quelque sage qu'elle soit, est difficile à suivre et qu'elle est fertile en erreurs.


Il y avait dans l'Inde deux systèmes de religion: l'un pour la masse et l'autre pour une élite. Le premier consiste à se conduire en bon époux, en bon fils, en bon père, en bon citoyen, à faire du bien autour de soi et à rendre aux dieux le culte qui leur est dû. C'est le fond de toutes les religions extérieures et, cependant, bien peu de gens arrivent à le réaliser. Et quand nous-mêmes nous étudions ces anciens systèmes, lorsque nous trouvons ces préceptes de la religion populaire, nous estimons que nous savons cela depuis longtemps et nous tournons la page, pressés que nous sommes d'arriver à quelque chose de plus intéressant et nous ne nous doutons pas que c'est justement pour ne pas vivre ces rudiments que les arcanes les plus élevés nous sont fermés.


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A l'élite était demandé quelque chose de plus: saisir la vibration centrale. Pour y arriver, ils ont l'acquisition de la sainteté. Le système s'appelle le yoga, c'est-à-dire l'union, la religion, l'entraînement, la méthode qui permet à la créature de s'unir à l'Incréé. Le yoga en général comprend plusieurs yogas suivant l'opinion que l'étudiant s'est faite de lui-même, de l'univers, de Dieu; l'esprit humain peut se fondre dans beaucoup de choses de la Nature. On dit qu'entre un homme et une femme qui s'aiment il y a fusion: c'est une yoga très répandue quoique très mal appliquée. Tout dépend donc du point de vue de l'étudiant.


Il y a dans l'Inde des écoles philosophiques en nombre immense. Toutes les philosophies que l'Europe et l'Antiquité classique ont édifiées depuis 25 ou 30 siècles sont déjà dans l'Inde à l'état parfait. Nos philosophes n'ont rien découvert dans l'ordre philosophique que le brahmanisme n'ait d'abord élaboré. On trouve sous des noms sanscrits l'aristotélisme, la scolastique et même les systèmes des plus récents philosophes.


D'abord le philosophe pense que l'univers existe de toute éternité, que la matière de l'univers se renouvelle elle-même par une rotation perpétuelle, qu'elle est entraînée à ce mouvement par un autre élément: Porouscha, c'est-à-dire l'esprit, et que l'être humain n'est dans ce chaos de molécules qu'un atome. Il s'agit donc pour l'esprit de l'homme de rentrer en soi-même, de s'abstraire assez de la matière pour atteindre l'Esprit universel dont il est une molécule. C'est la Sankya Yoga.


D'autres pensent que l'univers est constitué par des fluides en vibration perpétuelle et si les forces psychiques de l'homme peuvent contrôler ces fluides de plus en plus immatériels, il doit en saisir la vibration centrale. Pour y arriver, ils ont constitué deux yogas: la yoga du point vide parce que les physiciens Hindous avaient imaginé avant les expériences de nos physiciens que les vibrations d'un fluide tirent leur énergie leur force, non de l'amplitude, mais du noeud de vibration qui sépare chacune d'entre elles des autres. Ces noeuds sont pour l'Hindou des points vides de substance. L'Hindou qui fait de l'Aya Yoga se met en contemplation devant un son homogène et il essaie de saisir des vibrations et de concentrer sa sensibilité sur les intervalles de ces vibrations.


Le Mantra Yogi fait la même chose sur les formules sacrées (Mantrams) qui sont des formules d'incantation: c'est comme une algèbre musicale. Tout le travail d'une locomotive par exemple peut être exprimé en une formule algébrique; l'Hindou exprime une force quelconque de la Nature dans un mot spécial; il se met en contemplation devant ce mot en le répétant constamment et il arrive ainsi à des états de conscience spéciaux.


La Yoga de l'Amour consiste à se mettre devant une créature quelconque, être, plante ou animal, à se dire que cet être est construit par un effet de l'amour que le Seigneur du monde a pour ce monde; par conséquent le yogi qui veut s'unir à Dieu doit aimer cet être afin de parvenir à Dieu en prenant un objet de contemplation de plus en plus parfait.


Et puis il y a des méthodes d'union subjective. La personne du chercheur est à la fois la matière de l'expérience et l'expérimentateur. Ce sont des yogas dans lesquelles on cherche Dieu en dedans de soi; elles ont l'avantage de garder le chercheur des superstitions et des erreurs, mais elles peuvent le précipiter dans l'abîme du subjectivisme et nous en avons vu des exemples en étudiant le bouddhisme. Cette méthode la plus réputée, c'est la Radja Yoga, ce qui signifie l'union royale.


Ces méthodes de travail, ces essais de reconquête par l'homme de son domaine intérieur ont des inconvénients très graves pour les gens qui ne sont pas Hindous, elles ne sont d'ailleurs pas sans danger pour les Hindous modelés cependant dans la même direction d'efforts par tout un passé séculaire.


Quand l'étudiant qui s'est le plus possible dépouillé de la fascination des formes a compris que Dieu est autre part que dans les vibrations ou dans les forces fluidiques, qu'il est autre que le premier moteur, que le monde est autre part que dans les conceptions de la géométrie à plusieurs dimensions, ce chercheur se réfugie dans cette idée très logique que Dieu est en lui, que s'il y a une cause première au monde, elle est celle aussi qui l'a formé lui et qu'en cherchant en lui il doit la trouver. Pour atteindre ce résultat, la seule méthode est une connaissance de plus en plus approfondie de l'être humain inconscient. Pour le philosophe hindou le conscient est une petite portion de l'être humain total, une petite efflorescence d'un organisme plus vaste et qui apparaît et qui disparaît à la surface du moi, mais le vrai moi n'est pas là. Le philosophe hindou procède du connu à l'inconnu. Ce principe spirituel de l'être se cache dans l'inconscient: il cherche donc dans cette direction. Ce qu'il ne connaît pas, c'est ce qui n'obéit pas à sa volonté. Il agrandit donc le domaine de la volonté sur lui-même pour arriver au principe de l'être. Il institue par conséquent des entraînements mécaniques pour installer le régime volontaire sur toutes les fonctions physiques du corps qui ne sont pas soumises à la volonté. c'est l'Hata Yoga, pratiques bizarres de postures, rythmes respiratoires, de fixation du regard sur tel ou tel centre qui ont pour but unique d'obtenir ce résultat que la santé du corps physique soit parfaite, ensuite, plus à l'intérieur, la santé du corps magnétique, puis, plus à l'intérieur encore, celle du corps mental et, quand les santés de ces trois corps sont en parfait équilibre, le yogi essaie de passer au-delà et d'entrer dans l'inconscient supérieur. Alors sa volonté s'attaque au principe même de la pensée.


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Ce système paraît magnifique de logique. Il n'en est rien cependant. Cela tient à la conception que l'Hindou se fait de l'homme, du monde et de Dieu. L'Hindou est né fatigué, la vie le fatigue, il préfère le rêve; devant le monde qui l'oppresse, sous le grand soleil accablant, en face de la mer illimitée que ses lois lui défendaient autrefois d'explorer, son grand souci est la contemplation. De cette tendance intime découle la majeure partie de ses conceptions métaphysiques. Pour l'Hindou, l'Absolu, la cause première du monde, est indéfinissable, inconcevable; nous avons du reste la même pensée. Mais cet Absolu il l'appelle Par Brahman, il le définit négativement, et cette définition a le tort de nous faire concevoir l'Absolu comme le zéro métaphysique. Or le zéro métaphysique est le contraire de l'Absolu.


La conception christique de l'Absolu est diamétralement opposée. Le Christ dit: le Père est la Lumière, Il est la Vie. Pour les disciples du Christ, c'est tout le concevable et l'inconcevable. S'il y a une cause première, dire que cette cause première tient tout entière dans l'espace abstrait du point géométrique et dans la notion abstraite du zéro métaphysique, c'est faire du monde un système de mécanique, c'est ôter au monde et à la créature la possibilité de se dépasser. Le souci de l'Hindou est de se réfugier dans ce zéro métaphysique, d'arriver, lui aussi, à n'être ni ceci ni cela. Il s'élève par le détachement; le Christ au contraire a dit: Élevez-vous en vous donnant.


Les prescriptions morales des anciens brahmanes sont toutes négatives: ne se rendre coupable d'aucune douleur à l'égard de personne, ne faire de mal à aucun être, ne prendre la vérité d'aucun être, etc. Ce sont des prescriptions passives, des prescriptions de rétention. Et en effet l'ensemble des méthodes physiologiques par lesquelles le yogi étend le domaine de sa volonté a pour but d'isoler cet individu du circulus magnétique de la terre. Pour faire ces expériences il doit choisir sur terre ou sous terre ou sur une montagne des lieux qui soient des vides pour les courants magnéto-tellurgiques; il s'abstrait de la vie, même de la vie magnétique du monde; il se tient sur des substances isolantes et même lorsqu'il descend dans les cryptes il s'installe à des profondeurs où les courants qui vont du centre de la terre à sa surface ont des vides. Il régularise sa respiration, simplement pour obtenir avec son corps magnétique un circulus harmonisé: il n'a plus de tendance pour rien: il n'est pas passif, il n'est pas non plus actif, il est neutre; c'est encore une abstraction. Pour amener sous le contrôle de sa volonté le travail de sa pensée le yogi décompose le processus de la perception: il prend conscience du courant qui de l'objet qu'il regarde va à sa rétine, il prend conscience du choc de l'image sur sa rétine et aussi du travail qui fait passer la sensation de la rétine à la couche nerveuse intra-cérébrale. Ce monoïdéisme physiologique paraît faire prendre conscience au yogi de la pensée elle-même dans son essence; en réalité il ne prend conscience que de l'effet de la pensée sur la matière mentale. C'est une façon de s'abstraire de la vie, car il peut à volonté voir un objet où il est et où il n'est pas. Les fakirs créent des images mentales et les projettent sur l'assistance: ils percent les enfants à coups de couteau; ils lancent en l'air une corde après laquelle ils montent, etc. Tout cela, ce sont des hallucinations collectives.


Cette maîtrise de la matière mentale a comme résultat pour le yogi de le faire à volonté s'isoler du monde. Cet homme qui sait que la sensation est une illusion puisqu'il la crée et la défait à volonté, comment peut-il s'intéresser à ce qui touche ou affecte les autres ? Tout au plus se contente-t-il de s'installer dans le creux d'un arbre et de là d'envoyer sur le monde des courants de sympathie. Ce n'est pas ce que le Christ a fait pour l'humanité.


D'autre part il nous manque le contrôle sur nous-mêmes; le sage oriental, lui, sait ce qu'il est et où il veut aller; il choisit un coin tranquille de l'univers pour faire son travail; mais pendant ce temps toutes les idées, toutes les sensations, toutes les lumières qui pouvaient pénétrer son esprit et qu'il chasse puisque ce ne sont pas celles qu'il a décrété être siennes, il leur fait du tort. Pour devenir maître de son cerveau, le yogi suit un régime alimentaire très strict dans lequel n'entre rien de ce qui active les réactions physico-chimiques; il se nourrit de laitage et de riz mais parmi les cellules de son corps il en est peut-être quelques-unes qui sont anémiées, il y a peut-être dans le végétal ou dans le pain qu'il dédaigne des cellules qui auraient pour leur petit esprit tout avantage à passer par l'état de vie supérieure qui est la vie physique de l'homme. De même parmi les idées qu'il chasse il en est peut-être qui, pour n'être pas abstraites ni métaphysiques, auraient pu aider l'humanité. Devant la somme infinie de travaux que représente l'existence de nos frères le devoir le plus impérieux n'est-il pas que nous nous occupions du travail du jour ? Le yogi met en faillite sa vie parce qu'il renie le travail quotidien en vue d'un travail qu'il croit plus parfait parce qu'il est très lointain.


Cela ne veut pas dire que dans l'Orient tout soit mauvais et qu'il n'y ait rien à y prendre. Ces sages nous offrent un exemple remarquable de constance, de ténacité et de calme. Mais il ne faut pas nous en faire des idoles et il ne faut surtout pas appliquer des procédés qui peuvent être bons pour eux-mêmes mais qui ne le sont jamais pour nous.


Si beaucoup d'Européens s'étaient dit cette vérité - qui n'est pas nouvelle - avant de se jeter à corps perdu dans des recettes, des formules, des spéculations qui ne sont pas faites pour eux, notre pays peut-être aurait eu davantage encore le sens des réalités et les forces pour y faire face dans la crise actuelle.


Nous avons eu en France des héroïsmes qui nous ont étonnés, mais aussi bien des indolences et des scepticismes. Tout effort compte dans le bloc social. Je vous dis cela, non pour votre instruction individuelle, mais pour que vous-mêmes repartiez dans la vie avec cette petite éclaircie et pour qu'une illusion de plus s'envole de votre esprit.


Nous sommes âgés, nous Français, nous sommes très cultivés; par conséquent un grand nombre de nos compatriotes ont beaucoup d'énergie pour agir. C'est là-dessus qu'il faut essayer de refaire ce que les siècles nous ont enlevé. Toute créature peut se ressaisir si elle le veut: il lui suffit de le vouloir. Quand on veut, même si on ne connaît pas les moyens d'aboutir, on arrive. Si nous essayons d'entrer dans cette sphère centrale de la vie de notre race qui est la chambre même où réside notre Ange, tels procédés de réalisation nous seront donnés et des êtres viendront guider nos pas. Le trop de science mène au scepticisme, le trop de culture anémie la volonté. L'homme qui a une culture esthétique doit se souvenir que ce n'est pas toute la culture; celui qui a une belle intelligence doit savoir qu'il y a quelque chose de plus beau que l'intelligence et que c'est le coeur; celui qui a une volonté formidable doit savoir que l'homme qui ne développe que sa volonté risque de sombrer dans la brutalité.


Pour vivre, il faut avoir la volonté de vivre et cette volonté de vivre est toujours bénie de Dieu quand elle s'exerce sans dol pour les êtres qui nous entourent, car ce qui est l'essence même du Ciel, c'est la volonté de vivre.


Le vrai Dieu n'est pas le Dieu métaphysique du panthéisme ou des anciens ésotérismes, le Dieu qui lance des créatures et qui attend que ces êtres se tournent vers Lui; le vrai Dieu est celui qui a mis les êtres dans un monde où l'on a à souffrir, à peiner, à suer une sueur de larmes et de sang; mais qui souffre avec ses enfants et qui voudrait qu'ils aient eu assez de bonne volonté pour éviter ces souffrances en écoutant sa voix, ce qui eût été pour eux le bonheur. Ce Dieu passe son temps à essayer de nous ôter des cailloux. Si nous avons compris que la véritable orientation pour notre perfection générale, c'est de subvenir aux demandes du moment actuel, nous avons résolu l'énigme, nous sommes dès cet instant dans l'éternel.


L'ascète nu et vagabond, son corps est une oeuvre de Dieu; il n'y a pas de raison pour qu'il abandonne et qu'il méprise ce corps. Nous n'avons rien à mépriser dans le monde; tout est digne de nos soins et de notre amour parce que tout est l'oeuvre de Dieu; nous avons à extraire de tout l'occasion d'un effort. Nous pouvons, si nous avons compris cela, réviser les travaux de tous les sages qui ont précédé le Christ et qui ont essayé de déchirer le voile que le Christ seul avait le droit non pas de déchirer, mais de tirer.

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