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les amitiés spirituelles

« Comme Jésus nous a aimés, nous aussi, aimons-nous les uns les autres »

Né à Dinan en 1871, mort à Paris en 1926 Yvon Le Loup dit SEDIR fut un des grands écrivains mystiques de sa génération. Volontaire, doué d’une grande puissance de travail et d’assimilation, il tente d’abord — avec succès — les disciplines ésotériques issues des traditions, travaille avec Papus, Stanislas de Guaita et quelques autres dans des groupes occultes. Après la rencontre d’un important serviteur du Ciel, il abandonne grades, fonctions et travaux et se consacre simplement et sainement à l’étude et au service des Evangiles (voir « Initiations ») : l’amour peut tout, et bien plus vite et mieux que la connaissance, toujours soumise aux fluctuations de la cérébralité.

Les commentaires que Sédir fait à partir de la vie du Christ sont originaux, à cause certes de sa culture, mais aussi parce qu’il accepte l’intuition comme moyen d’approche de la Vérité. Sédir est tolérant pour tout ce qui existe, mais il affirme. Son œuvre peut être précieuse pour ceux que tentent les sentiers directs et exigeants.

UN PORTRAIT :

par Georges Allié

Georges Allié (1879-1961) qui a connu et fréquenté Sédir depuis ses premières conférences de mystique chrétienne en 1911, puis pendant les réunions amicales qui suivirent, a écrit ses souvenirs dans une lettre, reproduite ci-dessus, qu’il avait adressée à une amie en 1951. Ce témoignage complète et confirme ceux d’Emile Besson et Max Camis, dans le livre « Sédir mystique ».

Sédir n’avait rien de l’orateur qui semble avoir passé par le Conservatoire, et il développait sur un ton uniforme le sujet qu’il traitait. Il cherchait à instruire mais non à convaincre. En l’écoutant il fallait concentrer toute son attention et ne pas perdre un mot de ce qu’il disait. J’ai compris plus tard qu’il fallait aussi l’écouter avec son cœur. Il fallait aimer ce qu’il disait, pour le suivre, mais alors l’impression qu’il faisait sur ceux qui l’écoutaient, au sens complet du mot, était profonde.

Sédir va parler. Dans l’auditoire les conversations à demi-mot ont cessé. Au vrai il ne semble pas qu’il commence à parler, mais plutôt qu’il continue une conversation interrompue. Et, sans effets oratoires, il développe son sujet.

Il était plutôt grand, d’une taille au-dessus de la moyenne. Sérieux mais pas solennel, il en imposait par la dignité de sa tenue. Sa mise était toujours très simple. Il pouvait paraître sévère, mais montrait une indéniable bonhomie quand cela était nécessaire ; son sourire, rarement malicieux, inspirait la sympathie, la confiance. Tout en gardant toujours une réserve qui n’avait rien d’hostile, il savait se mettre au niveau de l’ami qui l’interrogeait. Je le vois toujours, un soir quand je lui parlais de « Brandt » d’Ibsen que je venais de lire et qui m’avait profondément remué, et que je lui avais avoué mon émotion telle que des larmes m’étaient venues aux yeux, il me dit, avec un bon sourire : « Il ne faut pas prendre cela trop au sérieux, c’est de la littérature, cela ne dépasse pas l’intellectualisme.

Physiquement Sédir m’avait paru être un oriental. Je n’ai su que plus tard qu’il était d’origine bretonne et que son nom était Yvon Le Loup. Je pense que son pseudonyme SEDIR était l’anagramme du mot DESIR, tiré du titre de l’œuvre de Claude de Saint Martin : « L’homme de désir » [le pseudonyme est en fait tiré de l’ouvrage du même auteur, intitulé « Le Crocodile].

Ses traits auraient pu être durs. En tous cas ils étaient très marqués. Son teint était plutôt brun, ses cheveux presque noirs étaient séparés par une raie au milieu du crâne et descendaient lisses de chaque côté de la tête. Cela lui donnait une certaine ressemblance avec Maurice Barrès. Il avait une marche un peu pénible, à cause d’une de ses jambes qui avait été accidentée, ce qui ne l’empêchait pas de faire de longues marches.

Dans nos réunions amicales, intimes, il écoutait parler ses amis, disant un mot quand cela était nécessaire, et surtout lorsqu’on l’interrogeait. Il savait corriger ou contredire l’opinion d’un ami quand il ne l’approuvait pas, sans prendre un air prétentieux, ni qui put atteindre l’amour propre. Cela lui était d’ailleurs facile tant il était écouté et aimé.

Naturellement, sa conversation était très intéressante, instructive, et propre à ouvrir l’esprit, je pourrais presque dire le purifier, de ceux qui l’écoutaient. Sa culture était très étendue ; il avait beaucoup lu, beaucoup vu, et beaucoup retenu. Il avait su extraire la moelle de tous les sujets auxquels il avait touché. Plus particulièrement l’Evangile lui était familier, et tout ce qui concerne la religion Chrétienne. Il avait fait une étude approfondie de l’Hindouisme. Je crois encore entendre Papus, un jour qu’après une causerie que celui-ci avait faite, on lui posait des questions, et que quelques-uns uns l’interrogeaient sur les religions indoues, répondre : « Adressez-vous à mon ami Sédir qui vous donnera toute satisfaction ». Mais Sédir avait bien d’autres cordes à son arc. On peut s’en rendre compte en lisant ses livres.

Mais il n’y avait pas que de l’érudition dans ses propos, et, entre amis, il savait se mêler à de simples et cordiales conversations. J'ai remarqué, et bien d’autre l’ont remarqué aussi, que si l’on arrivait avec quelque souci, sans qu’on eut même à lui en parler, comme s’il avait lu dans votre pensée, .. mais n’y lisait-il pas ? .. Sédir disait les paroles qui vous tiraient d’embarras, après quoi on le quittait rasséréné. Il avait des moyens intellectuels d’aider son prochain. Plus d’un, en le quittant, a senti, en lui serrant la main, qu’un louis d’or passait de la main de Sédir dans la sienne. D’autre fois il vous priait de le « débarrasser » de quelque chose dont on avait besoin. Aussi l’affection de ceux qui le touchaient de près était-elle sans réserve. Et je ne parle pas du coté spirituel des rapports que Sédir avait avec ses amis et tous ceux que le Ciel mettait sur son chemin.

Quand il s‘enquerrait de l’état de santé, des possibilités de travail, des ennuis ou des soucis de quelqu’un, ce n’était pas de pure forme et pour obéir à la civilité, comme le font la plupart des gens. Quand je dis qu’il était un guide c’est incomplet. Il était aussi comme ces sauveteurs qui, sachant qu’un être humain a été pris dans une avalanche, consacrent leurs efforts à aller à son secours.

Sédir avait reçu ce don d’ouvrir l’esprit et le cœur de ceux qui venaient à lui. Sa parole simple lumineuse par sa sincérité, pénétrait le néophyte de bonne volonté et lui faisait à la fois comprendre et aimer les enseignements du Livre Sacré, qui contient le plus grand, le plus précieux des trésors : la Paix du Cœur.

          Georges ALLIE

Autre témoignage :

Théophile Briant : sur un mystique breton contemporain : Paul Sédir

Lettre explicative de Sédir à la revue

sur son parcours ésotérique et mystique

L’ECHO DU MERVEILLEUX

UNE BIOGRAPHIE

par Pierre Caron





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