les amitiés spirituelles

Dans le livre Sédir mystique, Emile Besson et Max Camis ont parlé de la rencontre qui eut lieu en Juillet 1897 entre Sédir et Monsieur Philippe, selon le récit de Sédir lui-même. Il fut présenté par Papus, sur le quai de la gare de Lyon, au moment où Monsieur Philippe, qui était venu à Paris, allait prendre le train pour rentrer chez lui. On connaît la suite. Toute la vie et toute l’œuvre de Sédir, après cette rencontre et les suivantes, ne furent que l’application de ce qu’il avait reçu de celui dont il a tracé le portrait dans son livre Quelques amis de Dieu, en l’appelant seulement « un Inconnu ».

Quand à Papus, c’est en 1895 qu’avait eu lieu sa première « rencontre », dans une circonstance extraordinaire, consignée aussi par Sédir, et qu’on peut résumer ainsi : Peu de temps avant son mariage, le docteur Gérard Encause (alias Papus) se méfiait d’un inconnu mystérieux dont sa fiancée lui parlait sans cesse. Se croyant en butte à des suggestions télépathiques du maître de sa fiancée, il se proposa de chasser et de soumettre son soi-disant envoûteur grâce à des pratiques de magie par lesquelles il avait obtenu des phénomènes remarquables. Mais au moment où, tenant un sabre, il levait le bras, son sabre lui fut arraché du poing tandis qu’il s’écroula en pleurant. Sédir ajoute : « C’est ce qu’il me raconta lorsque j’arrivai une demi-heure plus tard comme à mon habitude. Ensuite, et jusqu’en 1897, il fut silencieux sur Monsieur Philippe ».

Entre temps, Papus avait rencontré physiquement Monsieur Philippe, et il était devenu le fidèle disciple de celui qu’il a appelé son « maître spirituel ». Nous renvoyons aux ouvrages de son fils, Philippe Encausse, pour connaître les relations qui suivirent entre ces deux êtres. Nous citons seulement, a propos de l’influence de l’un sur l’autre, l’évolution de Papus quand à son opinion sur le Christ.

Dans son Traité méthodique de science occulte, datant de 1891, Papus parle de Jésus en se référant uniquement aux doctrines ésotériques et mythiques et à la thèse selon laquelle Jésus était un envoyé des Esseniens dépositaires de la tradition kabbalistique. Reprenant le problème de Jésus dans les traités suivants, il affirme (en se référant aux Rose-Croix et aux Martinistes) l’identité absolue du Verbe éternel et de Jésus de Nazareth, Dieu venu en chair.

Papus utilisait ses écrits et ses conférences pour répandre ses connaissances des sciences occultes, en les montrant sous leur vrai jour, avec leurs qualités et leurs dangers. Dans ses livres et dans sa revue Initiation, il présenta aussi Monsieur Philippe et rendit compte de séances de la rue Tête-d’Or. Fidèle à sa nature généreuse, il accueillait et encourageait ses collaborateurs et devenait leur ami. On sait comment il le fit avec le jeune Yvon Le Loup, venu à Paris, qui ne s’appelait pas encore Sédir. Par la suite, ayant rencontré Monsieur Philippe, il voulut présenter son maître, non seulement à Sédir, mais aussi à plusieurs de ses amis.

Alfred Haehl, qui avait lu dans L’Initiation un article de Papus sur « le Père des pauvres », voulut connaître cet être au rayonnement surhumain. Il se rendit à Paris auprès de Papus, qui l’accompagna à Lyon. Ils arrivèrent au laboratoire de la rue du Bœuf, où le nouveau venu fut accueilli par ces paroles : « Ah ! te voilà, il est temps que tu viennes ». Alfred Haehl quitta Strasbourg où il habitait et exerçait sa profession, et il se fixa définitivement à Lyon auprès de son nouveau maître. Son livre, qui rapporte ce premier contact, rassemble de nombreuses paroles entendues et des faits constatés par lui et par d’autres témoins. Pendant ce temps, son frère Georges Haehl continua de diriger l’usine familiale de Strasbourg. Ayant seulement aperçu Monsieur Philippe une ou deux fois, il fut, selon celui-ci «  le plus beau fleuron de sa couronne ».

Le docteur Lalande et Georges Descormiers furent aussi présentés par Papus.

Emmanuel-Marc-Henri Lalande, né à Nancy en 1868, fit à Paris ses études de médecine. Il y fréquenta les milieux littéraires du symbolisme puis les occultistes de la Librairie du Merveilleux, où Papus le prit en amitié comme il fit avec Sédir ; il lui demanda sa collaboration à sa revue L’Initiation et le fit admettre dans plusieurs ordres initiatiques. C’est alors que celui-ci prit le pseudonyme de Marc Haven – en adoptant le nom de Haven, génie de la Dignité, dans le Nuctémaron d’Appolonus de Tyane. Lorsqu’il eut passé son doctorat, en 1896, Papus lui conseilla de s’installer à Lyon et il lui fit connaître Monsieur Philippe.

Tout en exerçant sa profession de docteur, dans son propre cabinet et dans un service de l’hôpital Saint-Luc, il fréquenta assidûment Monsieur Philippe. Il le seconda dans les séances de guérison données rue Tête-d’Or. Sa présence, et la validation des ordonnances, permirent d’atténuer, sinon d’empêcher, les poursuites engagées contre le thaumaturge pour son exercice illégal de la médecine. Une école de magnétisme avait été créée à Lyon sur l’initiative de Henri Durville. Marc Haven et Papus y firent des exposés sur la physiologie et l’anatomie. Selon Alfred Haehl qui les fréquentait : « Ces cours n’avaient qu’un rapport très relatif avec le magnétisme fluidique tel qu’il est compris et appliqué ordinairement. Ils étaient surtout destinés aux fidèles auditeurs qui désiraient soigner les malades ».

En 1897, Marc Haven fit un mariage très heureux avec Jeanne-Victoire Philippe, fille de son maître ; mais il fut très éprouvé par la mort de ces deux êtres chers : elle en 1904 et lui en 1905. Après être resté longtemps désemparé, il se remaria en 1913 avec Marie-Olga Chestakoff, veuve depuis peu, amie très proche des familles Philippe et Lalande et ils allèrent se fixer dans le Var. Pendant la guerre de 1914-1918, il soigna des blessés à l’hôpital de Nice, ville où il ouvrit ensuite un cabinet de radiologie. Il décéda en 1926, dans la banlieue de Paris où il était revenu habiter, après une longue maladie qu’il accepta avec le silencieux respect de son destin.

Marc Haven écrivit plusieurs ouvrages fort savants et il fit rééditer, en les préfaçant, de nombreux livres anciens. Le plus important de ses travaux fut son livre consacré au Maître inconnu Cagliostro, composé en mémoire de Monsieur Philippe, et en réhabilitation de son héros injustement calomnié et condamné ; et afin d’aider à les comprendre l’un par l’autre. « J’ai pris un personnage – Cagliostro – qui lui ressemblait, pour parler de lui. En relisant mon Maître inconnu, vous y trouverez beaucoup de choses de lui ».

Marc Haven entreprit aussi la traduction du Tao te King de Lao Tseu, pour laquelle il apprit le chinois, et en l’accompagnant d’une importante étude. Sa traduction, interrompue par sa mort, fut terminée par son fidèle disciple Daniel Nazir.

Enfin son dernier ouvrage, Le corps, le cœur de l’homme et l’esprit est un guide d’élévation spirituelle. Savant connaisseur du corps humain, de l’ésotérisme et de la mystique, il appuie sa démonstration par des faits, des textes de la sagesse universelle et par des paroles de Monsieur Philippe.

Madame Marie Lalande, son épouse décédée en 1952 à L’Arbresle, au Clos Landar, a écrit ses souvenirs et tracé un portrait de Monsieur Philippe dans plusieurs articles et dans un petit livre intitulé Lumière blanche.

Phaneg – de son vrai nom Georges Descormiers – cherchait la vérité dans l’étude des sciences occultes et il fréquentait Papus. Un jour, ce dernier le présenta à Monsieur Philippe. L’entrevue ne dura qu’une heure mais elle fut déterminante pour Phaneg, qui changea de chemin et accepta la mission de propager l’enseignement de Christ et de guérir les malades. Suivant le conseil de son nouveau Maître, il s’y prépara d’abord pendant plusieurs années.

Carel Vorstelman, qui eut l’occasion de connaître Phaneg, nous a raconté la suite : « Phaneg commença a recevoir des gens dans un sous-sol à Paris. Il y enseignait la mystique chrétienne, expliquant les Evangiles, citant des écrits de Sédir qui venait de publier ses premiers travaux sur l’Evangile. En même temps Phaneg fondait la société « Entente Amicale Evangélique », et il organisait des séances pour guérir et soulager des malades et des affligés. Il faisait cela en mettant les assistants le dos contre le mur de la petite salle. Ils devaient se donner la main, constituant ainsi une chaîne magnétique. Phaneg se tenait au milieu du cercle et faisait la prière, invoquant Jésus et lui présentant le mal dont chacun souffrait. Tout le monde sentait un courant frais qui circulait dans la salle, soulageant les affligés. Plusieurs étaient guéris à l’instant.

« Phaneg fut aidé dans son travail par sa clairvoyance qui prenait pour lui la forme de la psychométrie. Il fallait lui tendre la main, et ce geste déclenchait sa voyance. Il en était de même pour chaque objet qu’il touchait. Alors il voyait toute l’histoire de cet objet, celui qui l’avait fabriqué, ses propriétaires successifs et tout ce dont cet objet avait été le témoin. Si on avait perdu un objet, il suffisait de tendre la main à Phaneg et de penser avec concentration à l’objet. Phaneg vous disait tout de suite où il se trouvait. La petite salle où Phaneg opérait est devenue un de ces rares endroits au monde où la présence du Ciel était palpable ».

Tous les actes, paroles et écrits de Phaneg sont marqués par l’influence de Monsieur Philippe. Phaneg prononça des conférences. Il écrivit de nombreuses lettres rassemblées sous le titre de En chemin et dont le thème était l’Evangile et son application dans la vie : « Tous ceux – disait-il – qui pourront suivre le chemin de l’humilité rencontreront un jour, j’en suis persuadé, un Ami de Dieu qui les conduira au but ». Son livre Après le départ du Maître est un commentaire des Actes des Apôtres au sujet duquel il a déclaré : « J’ai tenté de percevoir le plus profondément possible le coté surnaturel des actes et des paroles des premiers disciples du Christ … Je me suis efforcé de lever, pour quelques-uns , un coin du voile qui dissimule aux yeux de tous, les rares Amis de Dieu en mission sur la terre ».

Tous ces hommes étaient très différents les uns des autres. Monsieur Philippe connaissait bien leur personnalité et savait les encourager dans le sens de leurs aptitudes.

Lorsque Papus décida de remettre en activité le Martinisme, selon Louis Claude de Saint Martin, Monsieur Philippe ne l’en dissuada pas, au contraire, à condition, lui dit-il, qu’on y pratique la charité.

A Sédir, au cours de leur dernière rencontre, en mai 1905, il avait donné des conseils, dont l’application fut la fondation des Amitiés Spirituelles : « Continue tes conférences tant que tu auras des auditeurs. Ne fais pas de loge. Pour mieux parler de l’Evangile il n’y a qu’à le mettre en pratique de son mieux ».

Les élèves de l’école de magnétisme appliquèrent leurs connaissances à secourir les malades par les soins et par la prière. C’est ce que fit aussi Phaneg selon sa propre méthode.

En Marc Haven, Monsieur Philippe avait su reconnaître le médecin, l’érudit dans un domaine de la connaissance, et l’homme de cœur.

Alfred Haehl, resté silencieux au service de son maître, se décida vers la fin de sa vie à rassembler ses souvenirs pour les lecteurs futurs.

Parmi tous les disciples, Jean Chapas occupe une place de choix. Nos amis Emile Besson et Max Camis, qui l’ont connu et fréquenté, l’ont évoqué à plusieurs reprises dans ce Bulletin. Selon Max Camis « il possédait la surhumaine vertu qui est l’humilité ». Emile Besson l’a présenté ainsi :

« Alors qu’il était encore tout jeune, Monsieur Philippe lui demanda de travailler avec lui. Il abandonna la carrière de pilote de bateau sur le Rhône à laquelle il s’était préparé. Il a servi son maître avec un amour total, avec un dévouement absolu. Monsieur Philippe l’avait surnommé « le Caporal ». Après la mort de son maître secondé par M. Auguste Gauthier, qui recevait les visiteurs, Jean Chapas continua les séances que Monsieur Philippe avait données rue Tête-d’Or. Les habitués de ces réunions ont déclaré que l’ambiance spirituelle était restée la même ».

On ne saurait nommer tous ceux qui ont vécu dans l’entourage de Monsieur Philippe, ou qui reçurent sa visite : depuis les plus pauvres et les plus humbles, jusqu’aux princes et aux chefs d’états ; ni dire la quantité de personnes qui furent comblées par ses bienfaits et ses guérisons, et qui suivirent la voie montrée par lui.

La raison pour laquelle leur nombre fut si grand tient sans doute dans cette phrase de Mme Marie Lalande : « Il nous donnait le courage de supporter les épreuves » .

Rencontres par Jacques Sardin