les amitiés spirituelles

On se souvient que Sédir avait reçu cet ordre énigmatique de « parler jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne ». Notre fondateur tient encore parole « puisqu'il y a du monde ». Si sa voix s’est tue en 1926, les « Amitiés spirituelles » n'ont pas cessé de militer et la pensée écrite de Sédir est à la portée de tous, dans ses ouvrages.

Disposant en province de peu de moyen, Albert Legrand eut le mérite de créer la « bibliothèque ». Il suffisait, après lui, de rééditer, ce qui nous fut facile. Mais il faut aussi répandre Sédir et ce n'est guère aisé dan cette époque où « m’esprit » se « nourrit» plus volontiers de San Antonio, d'Astérix le Gaulois ou de Françoise Sagan que d'ouvrages titré « La Voie Mystique » ou « Le Sermon sur la Montagne ».

Le pseudonyme de Sédir, le parfum d'occultisme qui, légèrement, enveloppe son œuvre, le fait que ses ouvrages édités ne sont pas acceptés facilement par la grande clientèle religieuse, sa langue aussi, très belle, mais lyrique, éloignée de cette sécheresse distinguée qui porte la marque de Normale Supérieure ou des grand séminaires, furent autant d'obstacles. Et puis, un livre et une personne vivante – Sédir l'a assez dit – et il concerne certaine autre personne vivante. Il en est de même pour toutes les œuvres, et tel aime Wagner que Bach laisse indifférent, tel jouit de Renoir auquel les Degas ne parlent guère.

En poussant au pire, il est possible qu'un jour « il n'y ait plus personne » et qu'une œuvre authentiquement inspirée tombe dans l'oubli. Il y a même dans nos entourages quelques esprits pessimistes (ou simplement fatigués) pour savourer d'avance cette situation extrême, mais la plupart n'y pensent pas, et supputent le contraire, ce qui est plus sain. Car notre devoir n'est pas de jouir de catastrophe à venir ; il est de lutter contre leur venue avec tous nos moyens, très régulièrement. Il est aussi de croire que la vigilance du Ciel protège ceux qui servent à leur poste : il y a réellement, authentiquement un poste de Sédir à défendre, à consolider, à élargir.

Il nous faut de nouveaux amis et amies, des serviteurs qui soient à Lui humblement, efficacement, librement. Les ouvrages de Sédir sont fait pour les « pêcher » et ensuite les nourrir, les enrichir, pour leur donner souffle et confiance. On sent bien aux causeries que nous faisons que nous remâchons le travail du fondateur, que nous ruminons ; mais l'herbe vient d’ailleurs. Elle a poussé, il y a deux mille ans sur les maigres coteaux de la Palestine et, bien plus récemment, dans le département du Rhône.

Parce que nous avons Sédir dans nos bibliothèques, que nous l'avons lu une foi, nous pensons le connaître. C'est aussi faux que de dire qu'on connaît l'Evangile. Ne me croyez pas de go, mais faites donc l'essai ; relisez studieusement Sédir, comme si vous deviez passer un « bac » de mystique. Vous m'en direz des nouvelles. Vous irez de surprise en surprise et de joie en joie.

Mais surtout... Un clairon a rompu le silence qui pesait hors de l'Eglise : Simone Weil. Un architecte audacieux – et peut-être imprudent – a construit dans l'enceinte, sournoisement, la salle des conciles : Teilhard de Chardin. Ce deux immenses talents, ces deux authentique hérauts du christianisme contemporain ne mènent à rien, ils ne débouchent sur rien. Simone Weil restera l'admirable solitaire et Teilhard est bien trop entouré d'amis et d'ennemis mêlés qui vitupèrent.

Sédir débouche sur la consolation, le travail et l'amitié, dans une époque douloureuse, cossarde parce qu’elle ne voit pas de raison de travailler et dure parce qu'on ne sait que « s'y défendre », piètre horizon ! Nous avons donc en mains du bon blé de semence et la terre est ouverte jusqu'à l'os. Il faut semer. Nos livres le permettent, ils sont la voix de Sédir et surtout de Celui qu'il a passionnément servi.

Pratiquement... Veuillez donc d'abord essayer de vous livrer aux relectures... Puis vérifiez si vous avez chez vous tous les Sédir. Et demandez-nous ceux qui vous manquent. Si vous êtes matériellement riches, achetez beaucoup de Sédir, et donnez-les largement ; on sème la main ouverte. Si vous êtes pauvres, achetez encore du Sédir parce que cet achat représentera le sacrifice. Nous n'avons pas besoin d'argent. Mais nous avons un passionné besoin d'ouvrir le grenier dan lequel ont été rangés de bien beaux sac. Qui appartiennent au Maître des Maîtres, au Seigneur, non des tièdes, mais des enthousiastes.

Sédir par Marcel Renébon