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Les amitiés spirituelles

« Comme Jésus nous a aimés, nous aussi, aimons-nous les uns les autres »



Textes sur la Prière



Paroles de M. Philippe

Rassemblées par Emile Catzeflis


La prière est quelque chose de très grand.


Avant de prier reconnaître que nous sommes nous en sommes indignes.


Ne pas s’adresser à un esprit, s’adresser à Dieu


L’humilité est nécessaire pour que la prière soit entendue.


Pour prier, il faut de l’amour dénué tout égoïsme, de tout affection envers le malade, de tout intérêt personnel à sa guérison. Puis, demander comme un enfant auquel le Père accorde, malgré qu’il ne sache pas très bien ce qu’il demande, en disant « que votre volonté soit faite ». C’est pour cela qu’il est plus facile de prier pour ses ennemis que pour ses amis.


Il faut, pour prier, être dans le chemin du calme, ne pas se faire de mauvais sang.


On doit toujours prier. Le Ciel nous dit de demander et a promis que nous recevrions notre pain quotidien. Si la demande est juste, si la prière part du fond du cœur, elle sera exaucée. Il est difficile de bien prier ; c’est pourquoi on n’est pas exaucé.


La prière est une rosée qui retombe autour de nous.


Il y a des êtres dont la prière est le pain. Elle leur est aussi indispensable que l’air.


Il est inutile d’avoir une heure fixe ; mais s’enfermer à clef matin et soir. Que le corps, l’âme et l’esprit, la vie matérielle, l’âme et l’esprit soient uns, unis dans l’harmonie, en parfait accord, selon la parole de l’Évangile, laquelle peut s’entendre également au sens littéral. Tenir vingt-quatre heures s’il le faut pour atteindre cela.


Quand on a promis à quelqu’un de prier pour lui, on est lié. Il faut le faire, prendre au besoin sur son sommeil.


Le Pater et l’Ave suffisent.  


La Vierge a eu un corps terrestre, de sorte qu’il est plus facile de la prier.


Il n’y a pas de prononciation spéciale du nom de Jésus-Christ.


Prier à haute voix si possible.


Ne pas s’inquiéter des courants nerveux et autres impressions internes pendant la prière.


Dieu, dans sa bonté infinie bonté pour nous, nous entend toujours lorsque nous demandons à être allégés d’un fardeau trop lourd, car il est écrit : « Dieu soutient les faibles » Ces paroles ne passeront pas.


Il est bon de faire la prière en commun dans la même maisonnée.


Pour que la prière soit entendue toujours, il faut ne pas éviter la peine, se soumettre à la volonté de Celui qui nous envoie, et aimer son prochain.


Veillez et priez, non pas le corps, mais l’Esprit.



Méthode de méditation par Sédir1



 1° Se mettre en la présence de Dieu. Il est partout ; spécialement Son Fils unique, le Verbe Jésus, est là, me voit, m'attend, et dirige sur mon cœur le souffle ineffable de l'Esprit. Je les adore tous trois, j’implore leur aide, leur pardon.


2° Je fixe ma pensée sur un mystère, sur une vertu qui me manque, un défaut à guérir — où mieux encore sur une des scènes de l'Évangile. Je porte mes réflexions sur cette vérité, cette vertu ou ce défaut : je recherche leur nature, leur mode, leur influence, leurs conséquences. Ou bien je me représente Jésus, dans la scène choisie. D'ailleurs cette scène existe toujours dans la Lumière : mon esprit peut l’y retrouver, si je sais m’émouvoir par une ferveur croissante de la compassion à l'admiration, puis à l’adoration.


3° Quand mon cœur attendri s’élancera vers l’objet qu’il désire, je ferai un retour sur moi-même, considérant mon infériorité, ma misère, les vacillements de ma volonté ; dénombrant tout ce qui me manque pour atteindre l'idéal entrevu dans l'instant.


4° Et puis je me tournerai vers Jésus, mon Ami, mon unique véritable Ami : je Lui rappellerai qu’il a promis d’exaucer qui L’implore ; je L’adjurerai par Ses souffrances : « Toi qui as eu faim, aide-moi contre ma gourmandise ; Toi, Seigneur universel, qui as obéi aux plus ignobles valets, sauve-moi de ma vanité : » Je Lui demanderai qu'il me rende meilleur, uniquement afin que je Le serve mieux. Et je redemanderai la même chose à Sa Mère, la Vierge intercédante.


5° Enfin j’examinerai si mes élans sont purs, s’il ne s’y mêle point quelque amour propre.


6° Puis je prendrai une résolution ferme et calme de faire telle chose, ou d'éviter telle autre, qui aient du rapport avec le sujet sur lequel j'ai médité. Et je me dirai bien que, si même je manque vingt fois le jour à ma résolution, je la reprendrai une vingt et unième fois avec le même calme et la même énergie.


7° De plus, le jour où cet exercice m’ennuiera, je le prolongerai de cinq minutes, afin de bien réduire la paresse.




  1 Cette méthode est enseignée dans l’ouvrage de Sédir les sept jardins mystiques

La Relève par Max Camis


Le repos dans la verdure et le calme était passe : nous devions monter en ligne le soir. Dans la journée, la gaité avait été nerveuse et dans le cantonnement, en effervescence de départ, des groupes inquiets commentaient le secteur à prendre.


« Les pertes du dernier régiment étaient importantes : surtout au bataillon que nous relevions ».

« Les arrosages sur les réserves et les lignes de soutien étaient autant à craindre que ceux qui tombaient sur les premières lignes ».

« Et par les agents de liaison on savait que le boyau de la B… était sous un continuel tir de barrage ! »


Enfin, le roulement continu que nous entendions depuis notre arrivée confirmait le communiqué qui, depuis un mois, parlait de ce coin de terre disputé dans l'affre et le sang.


L'heure approchait.


Après la distribution de vivres, chacun s’équipait et au commandement les compagnies partaient à intervalle réglementaire.


Dans le crépuscule du soir, les files d'hommes allaient en s'estompant jusqu'à l'entrée des boyaux : puis elles y disparaissaient. Derrière l’une de ces files, je suivais, portant le brancard, si impressionnant aux heures de danger. La marche était coupée par des pauses : et à chacune on sentait les rires et les conversations diminuer. L’angoissante préoccupation de tous mettait le silence par les rangs. Seulement, quand un obstacle se présentait on entendait, les voix brèves et coupées par les courroies d'équipements, se répéter : « un trou, faites passer » — « un trou attention », et cela se perdait ou augmentait suivant la place que l'on occupait, « un trou, un trou, faites passer ».


À gauche, quelques sifflements, puis le bruit sonore d'éclatements de marmites.


Décidément, on approchait de l'endroit. Avant de prendre le fameux boyau, une nouvelle pause venait de se faire. Les hommes s’accotaient aux parois de terre tout en s’épongeant et dans le silence coupé par les éclatements, peu à peu les respirations s'égalisaient.


Un mouvement dans l'ombre : une corvée de barbelé approchait l’on se garait au passage des silhouettes portant les incommodes rouleaux. A une question timidement posée une voix répondit en hâte : « ça bille, vous savez les gas ! », puis un éclatement couvrit le reste.


« En avant ! » chacun se redressait et la file reprenait sa marche résignée et titubante par les caillebotis cassés.


Les arrivées augmentaient et maintenant, aux sifflements trop cinglants, les têtes se baissaient, instinctivement les corps s'aplatissaient dans le fond. Puis la course reprenait plus vive pour rattraper la colonne.

Dans le noir, subitement, une fusée venait de monter, et l'aveuglement une fois passé on pouvait voir les dos courbés de ceux qui allaient devant et la masse sombre du terrain se découpant sur le ciel.


Les obus tombaient sans arrêt et le boyau défonce de trous faisait comprendre le danger. Aussi, la course devenait désordonnée et folle. Nous avions peur.


Et, de toute ma peur, de toute mon angoisse, je venais d'entreprendre une prière pour demander la protection de mes camarades et de la compagnie.


Puis, machinalement, dans mou essoufflement et ma je murmurais un « Notre Père », — Une lueur fulgurante, puis un éclatement assourdissant........ il devait y avoir des tués ?... mais non ! — « Pardonnez-nous nos offenses comme...» une rafale, puis une autre.


Cela devenait interminable et j'étais hanté par la plainte tellement connue du pauvre être à terre qui demande aide. Enfin, on tournait à droite, c'était la deuxième ligne, donc, le tir de barrage passé, et une fusée venait de faire apercevoir les réseaux barbelés d'avant : nous étions donc sauvés une fois de plus ; après avoir zigzagué quelque temps au milieu de pare-éclats nous venions de nous arrêter. Ce devait être là notre secteur et les consignes se passaient.


À ce moment, une masse sombre s'ébranlait et je distinguais des silhouettes : l’une d’elles en passant devant moi me demanda : « vous n'avez pas eu trop de casse en montant ? », et à ma réponse négative, j'entendis un « Ben vous êtes vernis » envieux et étonné !


En prenant les postes et en occupant les cagnats, on chuchotait ses angoisses et ses fatigues. Et, peu à peu, malgré le grondement du tir de barrage qui roulait toujours, mes camarades exténués s'endormaient. Pour moi, luttant contre le sommeil, je recommençais une prière.


Je ne suis rien qu'un pauvre homme qui a beaucoup à se faire pardonner, cependant, il me semblait que je devais remercier pour cette relève providentiellement protégée. Car ce que beaucoup peuvent appeler hasard, je puis le penser miracle ! Et, sachant qu'une prière sincère peut être écoutée du Père, je restais confus le cœur battant de reconnaissance et d'amour.


En ligne, le 6-VIII-1917

Les premières paroles du Pater

par Emile Besson


Pendant que, de toutes parts, s'exercent les violences et se déchaînent les passions mettant aux prises les hommes, voici une voix qui retentit, calme et auguste, sur les collines galiléennes, voix toujours actuelle, étant celle même du Verbe omniprésent ; elle s'élève pour nous dire que nous avons tous un seul Père, en Qui nous devrions « nous aimer les uns les autres, comme Il nous a Lui-même aimés ».


Quelles que soient nos divergences, si nous pouvions, du fond du cœur, sans mensonge ni hypocrisie d'aucune sorte, nous adresser à Dieu et L'appeler : « notre Père », toutes nos querelles et nos rancunes s'apaiseraient, nos inquiétudes maladives s'évanouiraient, nos scepticismes et nos angoisses se changeraient en certitudes et notre impuissance en une foi qui soulève les montagnes ; nous aurions la joie indicible, prélude d'un bonheur éternel.


Mais qui peut dire, dans leur plénitude, les paroles du Pater ? Si on connaissait leur contenu, qui oserait les prononcer sans trembler, sans se rendre coupable d'outrecuidance ? Qui est digne d'être appelé l'enfant du Père ?


C'est par une conséquence de Sa mansuétude, par anticipation sur ce que nous serons plus tard, quand nous aurons été baptisés du baptême de l'Esprit, que le Christ nous a autorisés à appeler Dieu « notre Père ».


Désormais, quand nous les réciterons, songeons aux conséquences illimitées que ces paroles comportent et humilions-nous dans le sentiment de notre indignité, de l'impossibilité de les proférer en toute justice si le Verbe n'y suppléait par Sa surnaturelle miséricorde.


Ce qui, en effet, est l'enfant de Dieu, ce n'est pas la personnalité terrestre de l'homme, sujette au péché et à l'erreur, mais son âme éternelle, étincelle de la Lumière divine, déléguée du Ciel en lui. C'est pourquoi, dans le Pater, nous, disons : « Notre Père qui es aux Cieux », c'est par notre âme, rayon du Christ en nous, que nous avons l'adoption divine. Notre personnalité ne deviendra, à son tour, « l'enfant de Dieu » que lorsque, cessant d'être pécheresse et égoïste, elle sera parvenue à la parfaite pureté, à l'abnégation totale d'elle-même, ce qui ne se réalisera qu'au terme de son évolution vers son Créateur.


En attendant ce jour de gloire, nous demeurons les enfants de la Nature et nous ne sommes reliés au Ciel que par notre âme divine qui nous inspire, qui nous parle par la voix de la conscience mais qui, par le fait même qu'elle est une étincelle du Verbe, nous demeure insaisissable, jusqu'à ce qu'elle puisse se révéler à nous lors du baptême de l'Esprit. C'est ainsi que « la Lumière luit dans les ténèbres et que les ténèbres ne la connaissent pas. (Evangile de Jean, I, 5).


Le seul moyen pour que ce Ciel se découvre à nous, c'est donc la pratique des maximes de charité et de pardon du Christ qui a dit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » Toute autre tentative pour pénétrer dans la félicité céleste serait vaine et sacrilège et nous exposerait à tomber sous le coup de ce sévère avertissement de notre Maître : « Celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte de quelque autre côté, est un brigand et un voleur ». Lui seul est, en effet, « la porte » : Jésus-Christ Dieu et Homme à la fois ; nul n'entre que par Lui.


Les voies initiatiques simplement intellectuelles, qui ne font pas de la charité la pierre angulaire de la régénération, n'atteignent donc pas le Royaume de Dieu et font seulement accéder le disciple à un des plans de la Nature invisible. Il peut demeurer des siècles enfermé dans les limites de ce plan, jusqu'à ce que, lassé de son propre idéal, il demande à descendre dans la vie réelle afin de suivre enfin la « voie étroite » enseignée par Jésus, laquelle seule conduit au salut définitif.


C'est que ce salut ne consiste pas à entrer dans un paradis temporaire, à accéder à une halte de repos ; il consiste dans une purification totale de nos organismes spirituels, dans une refonte radicale de notre être qui rend possible l'épanouissement du Verbe en nous. Or, le Verbe est l'Amour, la Source d'infinies perfections ; l'union avec Lui ne peut donc être complète que lorsque nous sommes devenus tout amour, lorsque « nous aimons le prochain comme nous-mêmes » ; cette union est une « nouvelle naissance ». Il s'agit de devenir réellement et totalement l'enfant du Père selon les premières paroles de l'Oraison dominicale.


Cette prière a ceci de remarquable, de vraiment divin, qu'elle nous montre l'Absolu tout près de nous : « notre Père » et, en même temps, si loin de nous moralement à cause de nos imperfections, de nos cupidités, de notre égoïsme. Il est « aux Cieux » ; donc Il serait à jamais hors de notre atteinte, sans le Christ qui est Lui-même en nous, au ciel de notre âme.


C'est le Verbe qui opère cette conjonction inimaginable entre l'Infini, l'Incommensurable et les petits êtres relatifs et bornés que nous sommes. Cette conjonction se fait par le moyen de l'âme éternelle, étincelle de la Lumière divine, rayon de ce Verbe en nous, selon cette parole de l'Evangile joannique : « Le Verbe est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde », et cette autre déclaration de Jésus Lui-même à Ses disciples: « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et que je suis en vous. » (Jean XIV, 20)


Tous les grands mystiques ont reconnu l'existence de cette âme divine en nous, distincte de nos facultés mentales et animiques d'intelligence, de mémoire, de volonté, de sensibilité, lesquelles forment la personnalité proprement dite, siège du libre arbitre, capable de bien et de mal. L'âme est impeccable et infaillible.


Ruysbroeck l'Admirable l'a comparée à une glace de miroir dans laquelle Dieu Se mire : « Ainsi donc, écrit-il, cette image, qui est le Fils de Dieu, est éternelle, antérieure à toute création. C'est en relation avec cette image éternelle que nous avons tous été créés. Car, dans la partie la plus noble de notre âme, nous sommes constitués à l'état de miroir vivant et éternel de Dieu ; nous y portons gravée Son image éternelle et aucune autre image n'y peut jamais entrer. Sans cesse, ce miroir demeure sous les yeux de Dieu et participe ainsi, avec l'image qui y est gravée, à l'éternité même de Dieu. » (1)


C'est grâce à cette âme divine que nous pouvons nous adresser à l'Etre suprême, en L'appelant notre Père. Elle est le germe de notre régénération mystique ; témoin immuable de nos activités, source de notre inspiration pour le bien, elle nous suit constamment, nous reproche nos écarts, fait éclater en nous la voix du remords, nous sollicite à la repentance, à la charité et à la prière et elle n'aura de cesse qu'elle ne nous ait complètement purifiés, transfigurés, rendant ainsi possible l'épanouissement en nous du Verbe divin dont elle est une étincelle.


Toute la régénération consiste à écouter la voix de l'âme, de manière à ce que, progressivement, toutes nos enveloppes, y compris notre intelligence elle-même et notre volonté, lui obéissent, car elle est la déléguée du Père en nous. Et c'est en agissant ainsi que se réalisera la suite de l'admirable prière que Jésus nous a enseignée, que « le règne du Père » arrivera en nous et que nous serons « délivrés du mal ».








(1) Ruvsbroeck l'Admirable, Le Miroir du Salut éternel, Bruxelles (de Vromant) 1917, page 94.

La Prière de guérison

- Journal de Paul Ginestous -


Nous sommes doués de sensibilité, de volonté et de raison. Si ces facultés ne nous venaient pas de Dieu, d'où viendraient-elles ? Oui, Dieu est infiniment plus sensible, plus sage et plus puissant que nous, c'est-à-dire que Dieu est, mieux que nous, une Personne…ou plutôt, c'est le contraire : chacun de nous se ressent comme une personne, parce qu’il est fait à l'image de Dieu, notre Père. C'est LE PERE, dans toute sa perfection ; nous sommes ses créatures et il est logique qu'il aime son œuvre. Il a la puissance de la développer et de l’épanouir et le soin attentif de la soutenir dans ses difficultés, de la sauver dans les périls.

Or, tout est vivant dans le monde, à tel point que les initiatives et les appétits des êtres se bousculent souvent. Mais le Pouvoir infini de notre Père est capable, non pas d'écarter de nous ces heurts, ces aléas, mais de les empêcher de nous faire souffrir jusqu'à menacer la racine même de notre vie, qui est notre âme.

Ce qui est important, ce n'est pas ce qui nous arrive, mais la façon dont nous le prenons, notre capacité de garder l'équilibre et de réagir. Déjà, les lois de la nature sont plus souples et plus généreuses qu'on ne le croit…et beaucoup de blessures (physiques ou morales) cicatrisent spontanément, beaucoup de situations se rétablissent par le jeu des événements. Puis il y a ce que nous pouvons y faire : Dieu nous a dotés de bon sens et d'une certaine énergie, Il a entouré les privilégiés que nous sommes de protections sociale et médicale nous devons nous servir de tout cela.

Nous nous en servirons d'autant mieux que nous déciderons de demander à Dieu Son aide, pour choisir la meilleure solution, pour que les évènements et les gens accueillent favorablement notre tentative.

Nous pouvons être certains de deux choses :

- Si nous désirons tout faire à notre façon, Dieu nous en laissera parfaitement libres, et n'interviendra pas ! (C’est ce qui arrive le plus souvent)

- Mais si, faisant appel à Lui, nous avons, par extraordinaire, confiance en son amour, notre Père en ressentira une telle joie que Sa Toute-Puissance sera mobilisée pour nous montrer que nous avons eu raison de nous fier à Sa fidélité. Ne croyez pas que j'affuble là Dieu d'une réaction humaine : Il s'agit simplement du modèle divin de nos propres réactions paternelles.

Alors, pourquoi Lui faisons nous si rarement confiance ?

Parce que nous voulons choisir nous-mêmes ce qui est bon pour nous, comme si nous avions une connaissance parfaite du Bien et du Mal. Parce que nous voudrions que tout change autour de nous, tout en restant nous-mêmes tels que nous sommes, indéfiniment, comme-si nous étions des dieux éternels ! « Si vous mangez du fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal, vous serez comme des Dieux » a dit le Tentateur (Genèse 3 :1-5). Nous y mordons toujours à belles dents ! Or, la vie n'est pas figée, elle est développement, épanouissement, transformation constante. La nostalgie, notre attachement têtu à l'une de ses étapes ne l’empêchera pas de continuer à changer. Mais cette évolution refusée nous meurtrira !

Oui, nous voulons rester nous-mêmes, et seulement dans les conditions dont nous avons l'habitude, ou dans celles que nous imaginons à notre profit. Alors, par crainte de l'inconnu, nous refusons inconsciemment de laisser Dieu nous transformer, pour nous adapter à une nouvelle étape du processus de la Vie, TELLE QU’IL L'A CREEE ! Or, il s'agit toujours, et pour tous ceux qui s'y prêtent, d'une expansion plus grande et plus heureuse, chaque fois qu'une étape est accomplie, et sa raison d'être, périmée !

Ne suis-je pas en train de vous parler résignation, alors que vous espériez découvrir une possibilité de guérison ? D'abord, se résigner à quoi ? À s'adapter au courant de la Vie, soulagé des crispations de la crainte et du refus, avec l'assurance de s'accroître d'une façon nouvelle ? Ce n'est pas de la résignation, mais de l’Espérance. La plus grande espérance possible, une espérance infinie, puisqu'elle englobe tous les stades de notre existence terrestre, et prolonge celle-ci dans l'éternité !

Vous me direz : « voilà que maintenant vous voulez reporter notre espérance dans l'autre monde ! » J'ai simplement voulu vous faire repérer ce piège dans lequel est souvent tombée la piété : la prière de résignation, reportant toute espérance dans l’Éternité ! C'est le point de vue absurde des Gnostiques et des Manichéens. Dès le début du christianisme, les Pères de l’Église ont récusé avec indignation ce pessimisme décourageant, au profit d'une espérance vivante, qui commence dès ici-bas, et qui ose affronter les difficultés les plus redoutables au Nom de Jésus, Fils de Dieu venu sur Terre, dans notre propre chair, pour nous faire sentir combien Son Père, notre Père, accorde d'importance et d'amour à toute Sa Création, et souhaite que chaque créature participe de toute sa confiance au Don de la Vie. À cette confiance, à cet appétit, à cette soif, Dieu répond par son intervention souveraine, qui élargit nos facultés, de sorte que nous puissions développer chaque étape de notre existence, ou alors recevoir, en compensation, une autre possibilité d'épanouissement, car les buts que nous poursuivons ne sont que des moyens, interchangeables, pour nous sentir protégés, et combles dans ce que nous avons de meilleur. Celui qui est protégé, et comblé dans ce qu'il a de meilleur est un être heureux.

Dans le fond, c'est cela que nous désirons, tout simplement. Seulement, nous disons : pour être heureux, j'ai besoin de telle et telle chose. Et ce sont ces moyens-là, ceux que nous avons imaginés, ceux que nous avons décidé, et pas d'autres, que nous demandons à Dieu, MAIS SANS ÊTRE JAMAIS SÛRS QUIL VOUDRA nous les accorder...

Pourquoi ce doute ? Eh bien, notre instinct ne nous trompe pas : quand je vais consulter un médecin, ce n'est pas pour lui dicter une ordonnance : c'est lui qui diagnostique le mal et choisit les remèdes. Je sais bien qu'il s'y connaît mieux que moi ! Alors quand je me mets à dicter à Dieu ce qu'Il doit faire, mon propre bon sers-essaie de m'avertir que ce n'est pas la bonne démarche !

Notre destin — cet épanouissement que Dieu désire pour nous — n'est pas complètement à la portée de notre jugeote : beaucoup de nos propres problèmes nous dépassent.

Cependant il y a des solutions courantes, normales ; nous devons nous efforcer de les découvrir, de les appliquer. C'est dans cet effort et dans ce risque que se développent nos facultés actuelles, et elles s'épanouissent par la réussite.

Mais la réussite sera d'autant plus assurée que nous aurons demandé à Dieu de nous guider, et de guider ceux qui doivent coopérer avec nous, nous aider ou nous soigner.

Alors, quoi demander ? que ce qui brime et angoisse notre présent se résolve, pour nous permettre de retrouver le goût et le bonheur de vivre, que les moyens d'y parvenir soient mis à notre portée, que des signes nous soient donnés pour nous éviter les fausses routes et leurs amères désillusions pour nous montrer le bon chemin.

L'Écriture nous confirme tout cela : quand, aux Noces de Cana (Jn :2-11) Marie demande à Jésus de manifester Sa Puissance, elle ne fait qu'énoncer le problème : « Ils n'ont plus de vin. » Jésus objecte, pour éprouver sa confiance : « Mon heure n'est pas arrivée ! » Mais Marie, sûre de Lui, lui laisse le choix des moyens : « Faites ce qu'Il vous dira » recommande-t-elle aux serviteurs. Car nous avons à « entendre » le conseil de Dieu, bien qu'il ne consiste pas en « mots, que l'oreille n‘entende aucun son » (Psaume 19 :4).

Maintenant, dans la pratique, comment prier pour obtenir ce retour à un bienheureux équilibre ? ET AUSSI BIEN DU CORPS QUE DE L'ESPRIT ??

Saint Paul, dans son Épître aux Philippiens (4 :4-7) nous explique comment atteindre cette paix inaltérable du cœur et de la pensée, qui vient de la certitude que la difficulté EST EN VOIE DE RESOLUTION. IL dit : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. N'entretenez aucun souci ; mais en tout besoin, recourez à L'oraison et à la prière, avec action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la Paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus. »

Nous voyons qu'il recommande d'abord, et avec insistance, de se réjouir : difficile quand ça va mal ! Que veut-il dire par là ? nous remémorer la confiance que nous pouvons avoir en la fidélité de Dieu, et y baigner jusqu'à nous décrisper, à nous laisser aller à la joie de celui qui SAIT qu'il va être aidé, secouru, remis en forme.

Cette démarche ne devient efficace que lorsqu'on cesse d'y penser d'une façon générale (démarche « logos ») pour SE L'APPLIQUER PERSONNELLEMENT (démarche « rhéma ») et y aspirer avec ardeur. Cette démarche personnelle ME donnera déjà une attitude de douceur paisible qui disposera favorablement les hommes à mon égard...Je puis cesser de m'inquiéter inutilement, pour prendre conscience du BESOIN REEL que l'épreuve me fait découvrir, et le présenter à Dieu :

- avec ESPERANCE, car Il PEUT tout : rien, dans la création, ne peut lui résister, (voir Psaumes 29 et 97)

- avec CONFIANCE, car Il m'aime, souffre de mes peines (Matthieu 25 :37-40), et VEUT mon Bien avec douceur, (Rois 19 :11-13)                              

- avec la CONVICTION que, dans Sa Sagesse, Il SAIT comment résoudre mon problème

- avec la CERTITUDE que dès à présent, Il FAIT mûrir mon Bien, ce bien qu'il voulait déjà me faire mais, respectant ma liberté Il attendait que j'ouvre mon cœur à Ses initiatives, c'est-à-dire aux solutions de Sa Sagesse.

Ces arguments que je viens de passer en revue, et le souvenir de certaines promesses de l'Écriture sont destinés à me convaincre de transformer mon souci en confiance. Cette recherche de la conviction intérieure est ce que Saint Paul appelle là l'oraison (et que l'on nomme le plus souvent méditation). Mais il demande plus : l'oraison ET LA PRIERE !

La prière consiste, une fois convaincu que Dieu va me répondre, à Lui répéter avec entêtement mon besoin et ma confiance, comme cet homme qui va en pleine nuit demander du pain à son ami, et insiste jusqu'à ce que l'autre se lève pour lui en donner ! (Luc 11 :59).

Répéter... pourquoi ?? Pour faire descendre ma démarche de la tête dans le cœur, jusqu'à ce que je reçoive le premier signe que ma demande a été entendue : cette paix du cœur et de la pensée qui vient ME SOULAGER jusque dans l’angoisse et la douleur de mon corps, en dépit des problèmes encore présents.

Ce n'est pas pour convaincre Dieu de répondre ; qu'il me faut insister dans la prière c'est pour laisser à mon cœur le temps de s'apaiser, c'est pour laisser mon corps s'imprégner de la paix qui descend, car “l'esprit est prompt, mais la chair est faible" (Marc 14 :38) c'est-à-dire lente à réagir.

Quand je me serai senti tout entier plongé (= en grec « baptisô » : baptême) dans cette démarche, je puis aller, tranquille : que j’y pense encore, ou que j'en sois distrait par les tâches quotidiennes, LA PROVIDENCE S'EST MISE EN TRAIN, avec un pouvoir sûr, pour me faire retrouver, de façon stable, ce goût heureux de la vie, qui dure à travers tous les changements.





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de gauche à droite : Monsieur Philippe (1849-1905), Sédir (1871-1926),

Max Camis (1890-1985), Emile Besson (1885-1975)