les amitiés spirituelles



« Je vous donne un commandement nouveau :

aimez-vous les uns les autres.

Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.

A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples,

si vous avez de l’amour les uns pour les autres.»

(Ev. Jean, XIII, 35, 36)




Dans une lettre aux Juifs de la dispersion, l’apôtre Jacques nomme « loi royale » ce commandement — promulgué par le Christ-Roi — qui est précisément la base de nos « Amitiés Spirituelles » et sur quoi porte un des plus beaux chapitres d’un des plus beaux ouvrages de Sédir (Le Sermon sur la Montagne : la loi nouvelle).


De même, la lettre de saint Jean aux disciples d’Ephèse (1ère épître), faite pour accompagner son Evangile, répète à chaque ligne ce mot d’ordre reçu du Maître et dont l’apôtre bien aimé fait un centre vital pour nous.


Comment, direz-vous, mais les anciens n’avaient-ils pas enseigné cet amour fraternel ?


Moïse, héritier de la haute science égyptienne, et les puissants initiateurs d’autrefois n’en avaient-ils pas déjà marqué l’essentielle valeur ? Au cours des siècles, l’amour n’a-t-il pas été constamment redit par des apôtres fervents ? Aujourd’hui même n’est-il pas l’étendard magique autour duquel se groupent les foules assoiffées de vie ? Est-ce que les maîtres de l’art ou de la pensée, les chefs de partis n’utilisent pas toujours son pouvoir incontesté ? Jésus peut-Il affirmer qu’Il a donné au monde une loi nouvelle ? Oui, car le précepte de la charité, bien qu’il fût connu des anciens et classé parmi les autres commandements de la Loi, n’était tout de même pas, pour eux, la colonne vertébrale de la religion, la pierre de l’angle de tout l’édifice du salut, comme le Christ a voulu qu’il fût. De plus, tandis que la charité se limitait jadis à la simple bienfaisance et à l’hospitalité, Jésus demande qu’elle soit poussée jusqu’au don total de soi : « Il n’y a pas, dit-Il, de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». (jean XV, 13).


Nous allons essayer de voir comment le précepte évangélique est un principe de vie nouvelle en nous, et comment nous devons l’accepter pour le seul chemin qui mène au bonheur et à la Vie éternelle.


*


Ecoutons d’abord les affirmations du Maître. Il parle un langage direct, avec autorité (disait la foule), et non comme les savants doctrinaires, qui s’en référaient toujours aux sources respectées, aux dogmes traditionnels.


« Vous avez appris... Vous avez entendu... « On vous a enseigné... Mais moi, je vous dis... »


Ou cet Homme est le Fils de Dieu qu’il affirme être, le Roi spirituel, venu pour commander, ainsi qu’Il en témoignera devant Pilate (Ev. Jean XVIII, 37).


Ou bien c’est un imposteur... mais alors demeurent inexplicables Ses miracles et Ses paroles qui rayonnent une merveilleuse clarté pour tous les hommes de tous les temps.


« Qui de vous me convaincra de péché ? », dit Jésus (Ev. Jean VIII, 46). Et nulle voix n’a pu relever ce défi ! Car nul prophète jamais n’égala la sainteté du Fils de Dieu, ni édicta une loi aussi divine.


A Bethléem des anges chantèrent la bonne nouvelle annoncée aux pauvres, cet Evangile d’amour que les Douze et les Martyrs portèrent aux extrémités du monde. C’est aux pauvres, en effet, aux malades, aux affamés de justice et de pardon que le divin Médecin donne Sa vertu guérissante et qu’Il apporte Sa joie.


Dans les initiations antiques on était lié suivant sa caste par l’observance de rites précis et complexes. Mais la loi d’amour est accessible au libre vouloir de chacun ; elle est universelle parce que divine. Ce n’est plus le groupe évolutif, la « génération » qui reçoit un code impérieux, mais les cellules vivantes agrégées par « familles » ainsi que dans un être vivant.


Auparavant des livres sacrés donnaient à chaque race un aspect de la vérité divine qui s’appropriait à des besoins particuliers ; c’étaient des lois fragmentaires et provisoires, tandis que l’Evangile est l’expression totale, parfaite, absolue de tout ce que nous pourrons jamais connaître et réaliser. La parabole de l’arbre nous montre le Royaume des cieux naître imperceptiblement, puis S’étendre à l’univers entier ; il se développe comme un être harmonieux dont la vie suit toujours le même rythme, la même loi.


Tout, avant Jésus, obéissait aux dieux implacables ; on pouvait traduire en signes et en prédictions leur volonté rigoureuse. Mais, depuis, nos calculs sont faussés par l’intervention de la miséricorde, de la grâce, et de l’amour. Talion, Karma, Sacrifices, tout cela prenait figure d’échanges commerciaux où nos maîtres gardaient toujours un profit. Mais d’esclaves Jésus nous a élevés au rang d’amis.


En somme, depuis le Christ, s’ils ne sont pas vivifiés par l’amour, les cérémonies deviennent inutiles et les rites illusoires. Non pas qu’il faille les mépriser, car notre soumission est le germe des bénédictions futures. Ainsi l’écolier se forme dans l’obéissance. Plus tard, il agira librement. Avec l’Evangile, nous entrons dans une stase de vie libre ; nous animons la belle statue que nos efforts avaient sculptée ; nous purifions l’interne au lieu de simplement nettoyer les bords.


« Plus nous avancerons, - dit Sédir - plus nous comprendrons que les livres ne servent pas, et cependant il faut les avoir lus pendant de longues nuits, — que les rites ne servent pas, et il faut les avoir pratiqués aveuglément, — que les actes ne comptent pas puisque nous n’en pouvons prévoir les conséquences, — et qu’enfin tout ce que nous pouvons saisir de lumière est dans l’Evangile ». (Introduction au traité d’Isaac Loriah : « De revolutionibus animarum »).


Non pas, donc, une destruction, mais un accomplissement, une perfection, telle est cette Loi nouvelle, qui transpose au surnaturel tous les anciens devoirs.


« Ne tue pas », disait Moïse — et le Christ ajoute « Ne résiste pas au méchant, tends la joue droite après la gauche, bénis ceux qui te frappent ».

« Ne te parjure pas » disait Moïse — et le Christ ajoute : « Sois véridique, chaque parole viendra du coeur, et les serments seront inutiles ».


La loi ancienne défendait la luxure et l’adultère et Jésus enseigne qu’un simple regard de convoitise équivaut à l’adultère.


« Tu ne voleras pas et tu ne désireras pas le bien d’autrui », était-il écrit sur les tablettes de Moïse, tandis que le Christ ordonne, en outre, de « donner à qui te demande, » de « ne pas te détourner de celui qui veut emprunter de toi » et si quelqu’un garde par devers lui ce qui t’appartient, de ne pas le lui réclamer. Au contraire, « si quelqu’un veut plaider contre toi pour t’enlever ta tunique, laisse-lui encore le manteau ».


Enfin personne n’avait dit avant Jésus : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient ».


Voilà comment la justice des chrétiens doit dépasser celle des scribes et des pharisiens, voilà comment elle atteint la racine du mal au lieu d’en émonder les rameaux.


Et c’est ainsi que Jésus a vraiment apporté au monde le « commandement nouveau », la bonne nouvelle évangélique de l’amour fraternel jusqu’au sacrifice de soi et de la régénération par ce même amour.

Le commandement nouveau par Emile Besson

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