les amitiés spirituelles

Une soirée chez Sédir par Carel Vorstelman

Ils étaient tous là les quatre amis qui fréquen­taient Sédir tous les mercredis soirs. On fumait la pipe, on parlait de l'Evangile. Ce soir-là ce fut la belle parabole du Bon Berger qui fut le sujet de leurs méditations.


« En vérité, en vérité, je vous le dis, Celui qui entre par la porte est berger des brebis. A celui-ci le portier ouvre et les brebis entendent sa voix. Il appelle par leur nom les brebis qui lui appartien­nent... il marche devant elles et ses brebis le sui­vent parce qu'elles connaissent sa voix... en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis... je suis le bon berger ».


Les quatre amis comprenaient bien que c'est Jésus qui est le berger, que les brebis sont ceux qui Le suivent, que Jésus est aussi la porte qui donne accès au Royaume des deux et que la ber­gerie est cette sphère spirituelle qui est le propre de Jésus et dans laquelle vivent ses disciples et ceux qui se sont donnés à Lui, cœur et âme. Mais ce qui intriguait les amis c'était ce portier, ce mys­térieux personnage qui ouvre la porte de la berge­rie dès qu'il entend la voix du berger et l'arrivée des brebis. On posa la question à Sédir.


Sédir bourra de nouveau sa pipe et quand elle fut bien allumée il leur dit : « Je vais vous racontée une petite histoire et ensuite je vous poserai une question à mon tour. Voici. Un soir, dans une rue déserte, un homme pauvre entra dans une boulan­gerie et y acheta un pain. Il continua son chemin et voilà qu'il voit un clochard misérable qui se tenait sous un portail et qui étendait sa main sans rien dire. Notre homme eut pitié de lui. Il cassa sa baguette en deux et donna la moitié à ce clochard qui était encore bien plus pauvre que lui.


Dix minutes plus tard un homme riche passait qui, lui aussi, venait d'acheter un pain. Ému par la quête silencieuse du misérable sous le portail, il lui donna sa baguette entière ».


« Eh bien ! mes amis », conclut Sédir, « où était Jésus dans ce qui venait de se passer ? Était-il le misérable, ou l'homme pauvre, ou l'homme riche ou le pain ? ».


Les amis re bourrèrent leurs pipes et se plongèrent dans leurs réflexions.


Enfin l'un d'eux dit : « C'est le misérable qui était Jésus, Dans un sens nous sommes tous des misérables et c'est Jésus qui se tient silencieuse­ment à la porte de notre coeur, espérant que nous l'ouvrirons et que nous Lui donnerons notre vie et tout le bien que nous avons pu faire ».


« Pour moi c'est l'homme pauvre », dit l'autre. « Jésus vivait dans son bon coeur. Bien qu'il ait faim, qu'il ait besoin de ce pain pour se nourrir, il se sacrifie par amour pour son prochain et il par­tage ce qu'il a avec le misérable ».


« Et toi », dit Sédir au troisième.


« Je vois Jésus dans cet homme riche », répondit-il. « Dans les yeux de Jésus un homme riche n'est pas un homme qui dispose d'un capital confortable à la banque, mais au contraire un homme à qui le Ciel a confié des richesses spirituelles, un homme humble, qui prie, qui s'est toujours sacrifié pour son prochain et qui marche sur les traces de Jésus. Et remarquez qu'il donne toute sa baguette, qu'il donne tout ce qu'il a en ce moment ».


« Bon », dit Sédir, « et maintenant notre qua­trième ami ».


« Pour moi », dit celui-ci, « pour moi Jésus-Christ c'est le pain. C'est notre Père qui nous a donné le pain descendu du Ciel, procurant la vie au monde. Jésus n'est pas seulement le chemin et la vérité, II est aussi la Vie. Il a rompu le pain avec Ses apôtres, il a multiplié le pain pour les foules, II nous a donné le pain spirituel pour que nous n'ayons plus jamais faim ».


« Eh bien », conclut Sédir, « vous avez raison tous les quatre, mais vous nous avez montré aussi, sans te vouloir, que Jésus était aussi bien dans ces trois hommes que dans le pain. Et pour revenir au début de notre conversation, vous comprenez donc maintenant que dans la parabole Jésus n'est pas seulement le berger, la porte et la bergerie, mais aussi te portier qui en ouvre la porte ».



Bulletin 129, janvier 1982