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Editions

Amitiés Spirituelles

Le sacrifice

 

Extrait

L'échange est l'expression la plus générale des rapports entre les êtres.

Chaque créature reçoit quelque chose de toutes les autres, et leur rend autre chose.

Entre systèmes solaires et planétaires, entre les minéraux, les plantes et les animaux, entre la mer et l'atmosphère, entre l'homme et la Nature, entre les mondes invisibles et les visibles, entre les dieux et les démons, entre les hommes eux-mêmes, entre l'homme enfin et Dieu, tout n'est qu'échanges : obligatoires ou délibérés, cupides ou généreux, involontaires ou conscients.

Ces contrats innombrables, lorsqu'ils sont tacites, forment le jeu normal des lois qui régissent la vie universelle. Lorsqu'ils sont exprès, ils résultent de l'impérieux besoin qu'un être éprouve d'un secours extraordinaire. Sans entreprendre ici une énumération fastidieuse de tous les cas que présentent les situations physiques, morales, intellectuelles ou spirituelles dans lesquelles les créatures peuvent mutuellement se trouver, je considérerai seulement celles d'entre elles qui ressortissent au domaine religieux.

L'homme primitif, perdu dans la jungle préhistorique, essaie de ravir à ses compagnons les proies qu'ils ont conquises ou les objets utiles qu'ils ont fabriqués. Il tente l'échange et, si l'échange ne réussit pas, il se rue à la bataille. Mais il se sent parfois seul, faible et désarmé, surtout devant l'assaut inexorable des forces naturelles.

Il conçoit alors l'existence probable d'êtres plus puissants que lui, de génies, de dieux méchants ou bons, et il en vient vite à chercher comment attendrir les premiers, se concilier les seconds, ou même comment lancer ceux-ci contre ceux-là. Telle est la forme primitive de la religion : une crainte, un appel, et peu à peu se constitue un ensemble de pratiques empiriques d'où naît la magie des sauvages.

Cette conception religieuse d'un commerce profitable entre l'homme et un invisible plus puissant s'épure peu à peu, au cours des siècles, à mesure que se précise l'idée d'un Etre suprême. Et l'on voit, dans les grandes religions antiques, celles de la Chine, de l'Inde, de l'Iran, de l'Egypte, puis d'Israël, de la Grèce et de Rome, s'établir le double usage d'un culte social auquel les foules sont conviées, et d'un culte personnel qui sublimise les éléments exotériques du sacrifice et en organise la pratique dans la vie intérieure d'un certain nombre d'individus d'élite.

Il m'est impossible d'analyser ici dans leurs formes et dans leur esprit les rituels vénérables élaborés par Fo-Hi, par Vyasa, par le premier Zoroastre, par Moïse, conformément aux besoins de leurs peuples et à leurs compréhensions de la vie universelle. Il me faudrait pour cela toute une année de causeries.

Mais nous allons, si vous le voulez bien, jeter un regard d'ensemble sur les conceptions hindoues du sacrifice, puis analyser rapidement les principaux éléments du culte antique le plus près du nôtre : le culte israélite. Nous nous rendrons compte ainsi, autant qu'il est possible dans un si court espace, des croyances préalables qu'il suppose et des moyens mis en oeuvre pour faire descendre sur les hommes telle des forces supérieures qu'ils ont crue capable de les aider à vivre.

Le sacrifice antique, le sacrifice du disciple, le sacrifice du Christ, telles sont les trois dernières conférences rédigées par Sédir, mais que la mort ne lui a pas permis de prononcer. Une sorte de testament.