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Editions

Amitiés Spirituelles

L’énergie ascétique

& l’éducation de la volonté

 

Extrait

Lorsqu'autrefois je voulus démontrer combien les disciplines sont indispensables pour gravir les pentes de la beauté morale, plusieurs d'entre mes lecteurs me jugèrent trop systématique et enclin à restreindre les initiatives. Plus récemment, après avoir rappelé que les disciplines ne sont pas des buts, mais de simples moyens d'obtenir la maîtrise de soi-même et l'aptitude à recevoir l'amour spirituel, d'autres lecteurs s'aperçurent de leur nonchalance et affirmèrent qu'il est indispensable de se forcer à suivre une règle. Vous avez tous raison. Il faut pouvoir prendre l'essor de la colombe, il faut savoir progresser terre à terre comme le serpent : notre Maître nous l'a dit.

Quand on admire au cirque l'agilité, l'adresse la force des acrobates ou des athlètes; quand on admire, au théâtre, l'extraordinaire mécanisme ou la richesse vocale d'un virtuose, on ne pense pas aux années de labeur fastidieux qu'il a fallu pour obtenir du corps humain ces diverses perfections; ces hommes ont dû recommencer tels mouvements, telles attitudes, tels exercices, telles émissions sans relâche, par dizaine de mille; tous les artistes parvenus à la maîtrise l'affirment. Et ce ne sont là que des résultats physiques, assez simples, et qui demandent surtout de la ténacité. Et ces résultats, si péniblement conquis, restent précaires; il faut un travail incessant pour les conserver; le moindre milligramme d'une toxine quelconque les détruit.

Combien ne devrions-nous pas nous imposer d'efforts pour obtenir la perfection spirituelle, bien plus importante, indestructible et perdurable ?

L'entraînement ascétique entre tous exige le plus d'énergie; on peut donc le croire avec certitude le plus noble et le plus vrai. Car le peintre ou le musicien, quelque constance qu'ils déploient dans la conquête de leur art, marchent en somme sur un chemin qui leur plaît, qu'ils aiment, avec les pierres mêmes et les ronces duquel ils se sentent des affinités profondes; ils se développent selon une ligne naturelle, raisonnable et humaine.

Mais la règle du mystique n'est-elle pas de prendre en tout le contre-pied de ses propensions natives ? Constamment il se prive de ce qui lui plaît, et nourrit son moi d'aliments qui lui répugnent. Constamment donc il dépasse la raison, l'atavisme, le destin, l'humaine nature, en vue d'atteindre l'éternel et l'infini. Il avance dans la nuit de la foi, il s'élance dans le vide intellectuel, et il devient à lui-même son propre bourreau.

Une telle entreprise peut paraître insensée; mais nous savons que la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Je voudrais montrer qu'elle est cependant raisonnable, qu'elle contient une logique saine, qu'elle demande pour être

réussie l'emploi le plus judicieux de nos diverses énergies.


*


Quel que soit le genre d'activité auquel on consacre son existence, pour y obtenir des résultats définitifs, ni le savoir technique, ni l'art pratique ne suffisent. Tout ici-bas n'est que le reflet d'un soleil original brillant au loin dans le ciel mystérieux des prototypes antéséculaires; c'est ce rayon subtil qui, touchant tel centre de notre esprit immortel, fait résonner en nous la voix inaudible de notre vocation; c'est vers lui qu'il nous faut incliner toutes nos énergies par un acte interne qu'on nomme le zèle, la ferveur, l'enthousiasme, et qui est une forme de l'amour. C'est par l'amour de notre idéal que tout ce qu'il y a de vivant, de lumineux, d'ailé en nous, entraîne notre être vers un certain soleil et l'acclimate à son atmosphère fertilisante. Les travaux de nos mains, quel que soit notre métier, les contentions de notre cerveau les recherches de notre sensibilité n'aboutissent pas si notre esprit ne respire cette atmosphère secrète, insaisissable mais réelle, s'il ne se l'assimile, s'il ne la fait descendre au milieu des humains.

Voilà, en ce qui concerne le divin, ce dont je voudrais vous entretenir.

« L’entrainement ascétique, entre tous, exige le plus d’énergie ». Quant à la Volonté: « Nous ne guérirons pas nos faiblesses ni nos vices en les jugulant, mais bien plutôt en nous créant des vertus correspondantes ».